A ce jeu du hasard, nos gains furent immenses. Nous avons joué, nous avons touché le jackpot. Nous avons récolté de l'amitié, de la joie, de l'énergie, de la beauté, du souffle, de la lumière, de l'aventure, de l'extase, de la souffrance, le souvenir de remous et méandres, d'envols et fulgurances. Et aussi des images et couleurs ou senteurs fabuleuses, une intensité excitante à vivre la découverte des chemins et singles sélectionnés par Guillaume, et la pureté douce ou âpre ou astringente des grands espaces de liberté et d'harmonie que sont le Pilat et l'Ardèche, la Loire et la Haute-Loire. Au rayon des sons, le gargouillis ou la bouillonnement de l’eau, présente partout sous forme de flaques, de filets, de sources, de ruisseaux, de torrents, de retenue, d’étangs, de lac, et de fleuve / rivière, la Loire bien sûr ! Et tant d'autres choses encore, dont cette inoubliable et grisante légèreté à dévaler un nombre incroyable de descentes empierrées, accrocheuses, canailles ou joueuses - pointillés de bonheur hilare entre les temps plus longs des montées. Les ascensions furent rythmées par les parterres de fleurs champêtres vives et délicates, les bordures de fougères, d’orties, de genêts ou de myrtilliers, les fûtaies d'arbres sylvestres élancés, les tapis vert des sous-bois ou prairies, le blond des champs où se tramaient encore les fenaisons, les sculptures contorsionnées des feuillus modelés par la burle, les amas de rochers ou de pierres tombés au champ d'honneur, comme une ponctuation sévère et minérale annonciatrice des crêts et de leur panorama tous azimuts - là où bleu, vert et gris s’épousent sous les poussées des vents, et où notre regard s'est accroché pour en revenir ivre de lumière et d'espace.
Entrer dans le Triangle de la Burle, c'est pénétrer le chaos des possibilités indéfinies. Un sacré voyage en territoire insoumis, et ce ne sont pas Jeanne, ou Pascal, ou leurs valeureux compagnons sur le 250 km qui démentiront cela j'imagine !
André et moi avons tous deux dû renoncer à effectuer la distance reine, et nous contenter du 100 km. Décision prise début mai en ce qui me concerne, en raison du retard pris dans ma préparation suite à ma chute à la Malteni début avril. Décision prise en cours de route par André, par trop affaibli par le virus et la fièvre qu'il trainait depuis plusieurs jours. Tout malheur étant bonheur pour quelqu'un d'autre, voilà qui offrit une solution à mon problème de GPS. Les piles lithium achetées la veille avaient rendu l'âme après 15 mn de roulage, je n'en avais pas de rechange, impossible d'en trouver sur le parcours, et donc plus de trace à suivre. J'étais donc fort opportunément pieds et poings liés à mon André qui avait, ô joie, pensé à télécharger la trace du 100 km sur son GPS.
Pascal qui devait faire tandem avec André nous quitta à la Croix de Chaubouret et eut tôt fait de rattraper Jeanne, qu'Alexis avait dû se résoudre à abandonner, après avoir été victime d'un déboîtement du genou. Après deux heure trente de roulage, la magie burlesque ou ubuesque du Triangle avait déjà fait des siennes, et les cartes étaient re-distribuées d'une façon très inattendue !
Nous fîmes une très longue pause sur la terrasse du restaurant Le Chaubouret, à écouter les cris et exclamations du troupeau humain et sportif de la BarjoXRace, après avoir temporisé au milieu des brebis et chiens de troupeau sous le Crêt ???