Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 05:50

Avant le temps des rétrospectives, best of et autres bilans de fin d'année, je musarde sur la toile. Temps d'exploration et réflexion au chaud nécessaire, passage protégé d'une saison cycliste à l'autre que je laisse se dérouler sans hâte. Epoque sportive souvent moyennement active, mais très productive puisque le façonnage des mois à venir se fait là. Novembre et décembre sont des mois précieux !

 

http://outside-blog.away.com/.a/6a00d83453140969e20133f327388f970b-800wiEszter Horanyi, Colorado Trail Race 2011 (origine de la photo)

 

Mes dernières semaines ont été, sont encore, employées à la découverte puis à la lecture assidue de nombreux blogs de cyclistes américaines - j' ai déjà dit quelques mots à ce sujet. Certaines sont des vététistes pures, d'autres allient VTT et cyclisme route, d'autres encore conjuguent vélo et course à pied ou randonnée en haute-montagne. Toutes ont en commun une même passion pour l'endurance, l'effort maintenu sur très longtemps - c'est-à-dire plus de 24 heures, voire souvent plusieurs jours. Elles partagent également toutes un besoin viscéral et incoercible de nature, et ne concoivent leurs efforts sportifs que dans un gigantesque écrin minéral et végétal, très loin des lumières de la ville. Grands espaces dangereux que leurs exploits sportifs les ont souvent conduites à affronter seules, en toute autonomie - que ce soit le nord hivernal alaskan, le désert de l'Arizona,  les sommets à presque ou plus de 4000 m des Rocheuses. 

 

 

 

  Leurs récits, articles et photos ou vidéos (1), me passionnent à plus d'un titre. D'abord parce que ce sont des sportives douées d'une liberté à l'échelle des vastes étendues de leur pays. Ensuite parce que ce sont des sportives de très haut niveau dont les écrits, style et pensées, hument bon la simplicité, la générosité, l'ouverture confiante au présent et au bonheur, même si parfois leurs quêtes des possibilités quasi infinies nichées en elles ont été entreprises avec fébrilité et anxiété. Enfin parce que ces compétitrices que l'adversité galvanise ont toutes su dépasser le néant de la rivalité entre femmes ou entre femmes et hommes. Probablement parce que chacune d'entre elles a un jour accepté d'explorer seule sa 'zone rouge' - celle de ses peurs insondables et insoutenables. C'est un voyage en solitaire qui fait basculer bien des choses !

 

http://outside-blog.away.com/.a/6a00d83453140969e20134864ab21b970c-800wi

Ezster, Colorado Trail Race 2011 (Origine de la photo)

 

Bien sûr, je n'ai pas fait la rencontre virtuelle de ces féminines américaines hors normes par hasard ! C'est un long périple sur la toile qui, mois après mois et de fil en aiguille, m'a amenée à faire leur connaissance. J'ai été comme aspirée par le souffle de liberté qui se dégageait de leurs récits, et je me suis rendu compte que je retournais à leurs blogs comme à une source d'inspiration, non pas littéraire, mais sportive et même existentielle !

Bien sûr, mes premières années cyclistes (après 41 ans !) à la nette coloration cyclotouriste avaient été émaillées de moments d'admiration pour les quelques féminines dont les noms figuraient dans les articles des revues de cyclosport, telles Laure Russias ou Christine Muller-Seiller.

 

http://i46.servimg.com/u/f46/15/66/07/37/photo_10.jpgSophie lors du PBP 2012 (Origine photo)

 

Puis lorsque je suis entrée dans le monde de la grande distance, j'ai rencontré Sophie Matter et son Rando Spirit, ainsi que ses aventures  sans frontières, ont constitué mes délices littéraires et cyclistes. Sophie est exceptionnelle, elle n'emprunte pas les mêmes chemins que nous tous ou toutes, que ce soit à vélo ou dans la vie. Elle est probablement celle qui m'a aspirée et entraînée vers ces grands espaces  de liberté et d'aventure ! Sophie, je sais que si tu lis ces lignes ta modestie va souffrir, mais c'est un moindre mal ! Hélas, nous n'avons pédalé ensemble qu'une seule fois - le temps d'une Rando Girls' Power à trois, avec Marie No. Espérons que tes efforts pour nous réunir à nouveau, ainsi qu'Anne, aboutissent sans trop tarder !

Anne Haycraft  est d'ailleurs l' autre figure de mon inspiration féminine ! Cela date du RPE 2007, qu'elle avait accompli en relais, avec Isbelle Allione. Son visage rayonnnant de bonheur, son regard émerveillé, son enthousiasme chaleureux lors des derniers kilomètres avant l'arrivée sur Saint Rémy de Provence sont encore dans ma mémoire. De même que son allégresse et ses généreux encouragements lors du dernier DFU auquel j'ai participé. Anne est ainsi, toujours souriante, toujours ravie d'être sur le vélo en partance pour un effort de très longue durée - elle irradie la gourmandise de vivre et de pédaler et c'est une joie que de pouvoir la cotoyer. Et puis Anne n'a de cesse de s'aventurer, d'oser réaliser ses rêves. En toute liberté.

Féminité, liberté. Pas si facile à faire rimer au jour le jour pour nous les passionnées de cyclisme. Mais nous sommes endurantes, n'est-ce pas ? Et patientes, et infatigables. Et nous faisons notre bout de chemin, souvent bordé de champs de réflexion où nous nous aventurons peut-être plus volontiers que nos camarades masculins. Telle la réflexion sur la douleur, la souffrance physique, inhérentes au cyclisme.

Et là encore, j'ai mis à jour quelques joyaux dans les blogs de ces fascinantes américaines.

Je vous en livre un :

 "embrace the  pain" ou "don't emotionalize your pain, just sit with it and don't let it go any further than that". Ce qui signifie que la douleur, lorsqu'elle est acceptée en tant que telle, lorsque nous ne l'investissons pas de nos émotions - notamment la peur, le désespoir ou la colère, ne constitue plus un frein. Parole de Cat !

 

Cat Morrison qui, se demandant pourquoi elle a supporté autant de souffrance physique pour boucler sa Colorado Trail Race en 6 jours seulement, propose cette réponse simple mais essentielle : 

"There is an inner gut feeling that drives me, I call it my fire. As long as I'm alive I'll strive to keep it lit."

"Tout au fond de moi, il y a cette force qui me pousse, je l'appelle mon feu intérieur. Tant que je vivrai, je m'efforcerai de l'entretenir."

 

 

A méditer. Car cette image de feu intérieur à entretenir nous renvoie au mythe féminin de la Vestale.

Ce n'est pas un hasard.

Alors que chacune d'entre nous veille à ne pas laisser ce feu de la passion cycliste s'éteindre en elle,

et toujours veille à l'alimenter,  à lui redonner de la vigueur  - non pas avec de nouvelles 'bûches' !! - mais avec  de nouveaux défis personnels. Même si ces défis semblent n'être rien aux yeux des autres.

 

Bon ben voilà, j'ai fini mon conte du 'Vélo au féminin' avec une belle 'morale' !

Tout est bien !

 

  (1) Les liens vers leurs blogs respectifs sont à trouver sur la page 'Nos blogs et sites anglophones favoris'

 

[Texte : Pat - Photos/Vidéos : voir les liens vers l'origine]

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Coucou Pat


Merci pour ce que tu dis de moi : c’est réconfortant de savoir qu’on a pu faire rêver d’autres gens, même si l’image que donnait Rando Spirit était trop belle. Car si je ne vis pas comme la plupart des femmes, c’est plutôt par incapacité que par choix ; mes remises en question et mes échecs sont souvent douloureux. Toutefois, à défaut d’être autre chose, j’essaie d’être moi-même, et tant pis si le résultat ne ressemble à rien :-)


Tu tapes en plein dans le mille avec les mots ‘liberté’ et ‘aventure’. Plus ça va, plus je réalise que c’est ce que je recherche, bien plus que le sport, la performance ou le résultat. D’ailleurs je pédale de moins en moins vite - mieux vaudrait dire de plus en plus lentement :-) et j’ai ôté le compteur depuis un an déjà!
Mais simplement, partir avec mes sacoches sur les routes, même bitumées, pour une longue distance en autonomie, malgré la peur - du chauffard, du marcassin qui traverse la nuit :-) , de la souffrance physique, de sa propre faiblesse, de la solitude, de l’abandon... ça procure une sensation de liberté infinie... c’est je crois, ce que je recherche. Et puis il y a les paysages, la montagne, la beauté de la nature, bien sûr.


Je ne peux me retenir de faire le rapprochement avec un post vu récemment sur le forum du CCK, sur une vidéo de deux ‘Français volants’ où l’un d’eux explique: « Un homme libre, c’est quelqu’un qui ne se ment pas à soi-même, et suit ses rêves, tout simplement, et qui les accomplit... voilà, faut mettre de côté la peur, la peur elle va toujours être là, et... suivre son chemin... »

J’espère aussi que l’avenir verra le Girls power à nouveau réuni. Instants privilégiés !


Très bonne fin d’année et à la prochaine... dans le Sancy?

Commentaire n°1 posté par Sophie le 14/12/2011 à 20h34

Sophie, ton honnêteté me touche. Lorsque nous essayons d'être 'nous-mêmes' un tant soit peu, le résultat ressemble toujours à quelque chose (à ce 'moi-même' justement !), mais il est vrai pas forcément à ce qu'il est attendu de nous ! Je ne suis pas certaine que les questions d'identité profonde ou 'vraie', ou bien encore celles relatives à l'image que nous  donnons ou que nous voudrions donner ou que l'on voudrait que nous donnions.....soient essentielles. Trop 'circuitous', comme dit Miss Havisham dans 'Great Expectations' , du moins pour moi !

Comme Cat, et toi !, je crois que l'essentiel c'est notre 'feu intérieur'. Aller là où notre force d'énergie vitale nous pousse, sans nous entraver dans des miles et des miles de circonlutions réflexives.

Ah donc nous avons fait le même constat ensemble - liberté et aventure comme fondements. Je ne dédaigne pas la performance, ne la proscris pas, je peux même y travailler - surtout parcequ'à partir d'un certain âge (le mien !), si tu ne la travailles pas, ne l'entretiens pas (tiens, image du 'feu intérieur' une fois encore !), elle baisse à vue d'oeil et ne te laisse plus guère de possibilités d'aventure !! Mais la performance en elle-même n'a que peu d'intérêt, je suis totalement d'accord avec toi - si elle est au RV, superbes sentiments d'habiter une machine bien huilée, au top de son fonctionnement. Mais si elle n'est pas au RV, pas grave, tellement d'autres aspects qui récclament notre attention !

Oui, le compteur n'est pas indispensable ! Loin de là !! Et faire sans est salutaire - passer par des périodes de 'désacoutumance' est nécessaire !! Ces chiffres de la performance qui soi-disant 'objectivent' ce que tu 'vaux' (un terme utilisé en course à pied...une horreur !) en tant que sportive sont à manipuler avec beaucoup de soins, et il faut garder beaucoup de distance pour ne pas tomber dans le piège qu'ils tendent.....miroir, miroir, dis-moi quelle sportive/quel sportif je suis ?!

Oui, la liberté c'est bien cela, apprendre à accueillir ses peurs, les reconnaître, ne pas les maquiller.  Mais ne pas leur laisser le champ libre, ne pas les laisser 'éteindre notre feu intérieur' (ah je sais, je reviens à cette image, je vais finir par être 'lourde' !!). Oui, tu as raison, c'est bien parce que nous sommes terrifiées / terrifiés par l'idée de  notre 'souffrance physique', qu'elle peut avoir un tel impact sur nous.....'embrace pain', 'don't emotionalize pain' ! La liberté ne dépend jamais des autres, mais de nous-mêmes et que de nous-mêmes. Et alors seulement commence l'aventure. Tu es déjà sur ce chemin-là, surtout ne t'arrête pas !

J'aime beaucoup ta citation du forum CCK - normal elle dit ce que je viens d'écrire  ! Ils devraient créer une catégorie 'Coin philo' !!

Claire m'a indiqué ce lien à suivre, sur Facebook, vers le blog d'une jeune anglaise, coursière à vélo à Londres, et qui s'est lançée dans un voyage solo à travers le monde. J'en ai lu quelques articles, c'est 'uplifting'!!

Oui pour le Sancy.....mais aussi avant cela, j'espère !

Well, must go, time for work!

 

Réponse de Pat le 15/12/2011 à 08h06
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés