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PEREGRINATIONS

PEREGRINATIONS

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La Quadrilogie de Martial

La Quadrilogie de Martial

 

 

LA 77  CYCLOSPORTIVISSIME

Tiens cette année il y a des sas, ouais par numéro de dossard, premiers inscrits premiers partis… Bon je sais pas ce que ça change : a priori : bien, à l’usage : Rien !

9h15 départ. Pour toi rapide c’est combien : 40 ? 45 ?? 50 ??? là il y a de ça voire même un peu plus, un bon gros 9m18 en moulinette et vrai ça remonte toujours, ça remonte quand même ! Monstrueux paquet, dément, démesuré, incalculable. J’ai tombé le 11 dents (un peu mal au dos, trop dur à tirer) j’aurai pas dû, je mouline le 12.

La 77 c’est d’abord ça : le choc du départ, ça part vite, vite, vite, vite enfin à donfe quoi !

T’as les cuisses en feu, le sang par gros bouillon qui te dilate le cœur, le cœur au bord des lèvres... au compteur plus de 50, les places sont chères, ça frotte, ça frotte un peu, ça frotte beaucoup et qui s’y frotte en tombe : tant pis ! faire gaffe toujours, vigilance de tous les instants. Rond-point que tu contournes par la droite et les deux cents gus qui passent à gauche te passent devant, faut remonter…yaka… Ah les veaux ; si devant ça appuie aussi fort que ça gueule, normal que je sois derrière ! crissement des patins sur les jantes, tu serres tes manettes de frein à fond, d’autres cris, dix kilomètre heure, un peu moins, pied à terre ? non debout sur les pédales tu relances à mort ! violent ! à bloc pour recoller, qui pour boucher le trou ? bouche ouverte, tes cuisses brûlent, tes mains serrées à en déformer le guidon, j’y suis, tu y es ? Gérard, mon pote Gérard l’homme aux nerfs et aux muscles d’acier est là, petite grimace au coin de la bouche mais normal ça visse, Fabrice le gladiateur des temps hyper-modernes est là aussi cherchant dans la dilatation de l’espace cyclosportif la compression d’un temps compétitif, il a l’air bien pour un baltringue. Philippe un peu derrière, pour son retour en cyclosportive il va gérer, c’est un qui lâche rien, un dur au mal un dur à cuire, ça va le faire pour lui j’en suis sûr, moins sûr pour mon dos (mais ça c’est mes oignons !)

Le peloton est gigantesque, je ne peux dénombrer même à la louche la quantité de pédaleurs… la tête de la course est là-bas, loin devant, faudrait mettre le nez à la fenêtre pour remonter deux ou trois centaines de places, d’accord faudrait ! mais elle est où la fenêtre ? ou alors un petit trou de souris, juste pour passer ? non yapa ! bon ben je vais rester peinard à 48km/h dans le paquet !

« C’est pas parce qu’elle est trop dure qu’il faut jeter ta selle carbone par terre, tu crois que ça va être plus facile comme ça et en plus on t’a bien dit de rien jeter… c’est du n’importe quoi… »

La 77 c’est ça un long paquet lancé à toute allure, des types et des nanas qui te remontent de droite et de gauche et toi, toi toujours à la relance avec cette impression pénible de toujours reculer un peu plus, de t’enfoncer, de t’engluer dans le fond du paquet, et encore relancer !

Pour les conditions météos : du top, douceur soleil, manque rien. Quoi ? les paysages ? ben au milieu du paquet moi je vois pas bien, tu me diras en queue de peloton pas mieux : des selles, des culs, des dos (douloureux aussi ?) des roues arrières… il parait qu’à l’heure de course ça se calme, ça ralentit un peu … bien sûr tout est relatif et à la 77 c’est très TRES relatif.

La première bosse fractionne le paquet, d’habitude les groupes se forment et l’allure se stabilise, d’habitude. Bon d’un autre côté les habitudes… je sais pas ce qu’ils ont bouffé aujourd’hui mais ça repart de plus belle, les petits groupes devant sont trop tentants pour les quelques brutes piégés dans la bosse. dès que la queue d’un groupe se profile, ils en remettent une couche voire une seconde si besoin est ! ok j’ai bien noté que ça va pas ralentir mais là j’ai un peu plus de mal avec mon braquet…(oui je sais c’est mon…) Manger Boire, faut alimenter la machine. C’est poussé à bloc que se décalaminent les moteurs, je te dis pas ce qui tombe…mais au niveau du ressenti j’ai la nette impression que c’est l’inverse, et toi ?

Pas de Gérard ni de Fabrice dans mon groupe, ils me reprendront quand je sauterai dans la côte du Panorama ! 

Là pas de trompe l’œil, ça explose bel et bien et de partout, faut dire que ça monte plutôt vite et le ravito faut vraiment avoir envie de s’arrêter, genre ‘’je vais quand même pas freiner dans une côte’’ descente à bloc même le 11 aurait été court, curieux que ça blinde encore. Déjà 100 bornes plus que 50 ( ). Oulala  tu les sens arriver tes crampes là ? moi oui !

A mon avis ça blinde pour l’or, en ces périodes de crise ça se comprend ! en queue de groupe j’attends le moment où je vais sauter ; mais pourquoi se faire mal à ce point là ? faudra qu’en d’autres lieux, en d’autres moments je m’interroge…grimacer ce n’est rien… et devant jamais ils boivent ou mangent qu’on puisse souffler un peu ?

Le groupe s’étire et se distend, en file indienne au premier qui saute c’en est fini pour les clampins mal placés, je fais tout pour ne pas être celui qui… remonter ? même pas la peine d’y penser ! ouf c’est pas moi mais le résultat est le même, vas-y toi si tu peux encore rentrer, moi je vais attendre le groupe derrière.

Boire et manger ne pas compter les crampes ni regarder le compteur, allez ça repart, toujours pas de Gérard ni de Fabrice.

Bords de Seine somptueux mais ça sent Fontaine le port et ça, ça te gâche quelque peu le plaisir, je dis plaisir mais je ne sais plus trop si le terme est toujours approprié en tout cas en cet instant. Fontaine le port c’est de la boucherie cyclosportive, jamais vu autant de mecs sauter, exploser, renoncer… par petits groupes on repart comme on peut sans beaucoup de volontaires pour t’aider à relayer un peu. Difficile de savoir où t’as le plus mal, mais qu’importe c’est déjà Chartrettes et le soulagement de la plongée sur Melun, le miracle pour tous les cuits et cramés qui ressuscitent dans la dernière bosse te plantant là à te demander si de ne croire pas ça handicaperait pas plus, des fois ????  l’arche, le tapis, bip de fin et des sur-chaussures bleus à l’effigie de la 77… à 37 de moyenne t’es quoi, dans les 360, tout ça pour ça…

Non je déconne, magnifique randonnée certes un poil rapide mais super accueil toujours nickel, parcours super bien sécurisé, peut-être des départs décalés ? et une découverte très étonnante : plus tu vas vite et moins tu te fais mal longtemps…curieux non ?

Gérard en 4h05 Fabrice 4h07 en chercheur d’or, Philippe un prometteur 4h40 pour son retour en cyclosportives et si pour le mec qui gagne ce n’est qu’une ‘’coursette’’ il peut bien aller se faire cuire tous les œufs qu’il voudra où il voudra, il y a 932 mecs, des dizaines de bénévoles et d’organisateurs pour qui un peu de respect serait la moindre des choses et une récompense de ne pas laisser croire qu’une 77 se gagne par inadvertance ou alors là n’est vraiment pas sa place. 


Matial REGALES

Avril 2009

 

 

 

La blé d’or 2009

"servanti civem querna corona datur"

Le 3 mai 2009, cyclosportive La blé d’or, ça se passe pas loin de Chartres dont la devise est citée en incipit : celui qui sauve un citoyen reçoit une couronne de chêne !

Et c’est bien une couronne de chêne que nous devrons remettre à Claude Montac ; patient et appliqué organisateur de la toujours belle Blé d’or cyclosportive de 164 km entre Beauce et Perche, pour nous offrir une si longue récréation et nous sauver un peu de la monotonie de nos parcours d’entraînements, des lassants tourniquets de nos coursettes du dimanche, d’une certaine forme d’ennui ou peut-être même qui sait un peu de nous-même !

En guise de couronne de chêne c’est pour ma part une volée de bois vert que je prendrai, relégué à plus de 29 minutes du ou des premiers, mais ça n’a pas plus d’importance que ça : 147, 168, 221ème on s’en fout, l’important n’est pas là, l’important c’est d’être là, c’est d’en être et si jamais il ne reste de cette mémorable partie de manivelles que quelques mots, une photo c’est déjà plus tout à fait rien…

‘Dans les sas nous piaffons d’impatience, ça caille un peu mais sans plus  bon alors c’est quand qu’on part ? …bla bla… ok record de participation battu ! Génial ! ok  bon alors on y va ?

Je suis devant dans le 1er sas, suis bon pour la photo, re-génial…non c’est con !!! coup de fusil allez à donfe… virage à droite et première côte, sur la plaque ! devant c’est top ! je dois avoir (si ce n’est une grimace) le sourire d’oreille à oreille… dans un fauteuil de sénateur, la tête du peloton c’est le top… (j’le dis parce que c’est une première depuis [euh on change de sujet ?] Ok ça vaut mieux !) yééé  j’suis bien ’

Cyclosportive donc de 164 km à deux pas de Chartres ancienne capitale des Carnutes et c’est un lointain écho de périodes révolues où l’on avait (où ils avaient, je veux parler de nos lointains aïeux) le désir de transmettre avec un peu d’eux-mêmes la terre dans l’état où ils l’avaient reçue, écho d’une période d’avant les ‘exploitants’…

Les Carnutes ça t’a de ces relents de Gaule, de Tite-Live, on y décèle un peu de ‘carni’ et de « carniole » des « alpes Carniques » d’où Messire Hugues Rico s’élancera le 7 mai prochain pour une course ultra de 1180 km à travers la Slovénie, nos pensées t’accompagneront, c’est une autre dimension mais c’est grâce à des gaziers comme toi et tes inutiles efforts que l’on peut encore croire qu’il est toujours d’étranges espaces à fouler de nos persistantes chimères.

« en tête de paquet, super bien placé, je savoure, ça roule fort mais c’est top, ça doit être ma transmission toute neuve… ça fuse trop facile…je vais pas me retourner mais je sens derrière moi le poids d’une masse de cyclos en mouvement…ça va pas durer il y a une bosse dans deux ou trois bornes…c’est ça tiens ! viens t’appuyer… pour que je te laisse ma place c’est un peu plus que de l’espoir qu’il te faut ! …

le bruit de l’air fendu à grande vitesse, les bruits du peloton, même pas de tension ni de crainte, du plaisir brut, solide …on est bien devant le problème ça va être d’y rester !  »

La Beauce jadis grenier à blé de la France, étend aujourd’hui à perte de vue le jaune criard du colza en fleur. Nos choix de consommation pèsent-ils, pèseront-ils un peu ? à quand des actes de consommateurs avertis…nous en avons pour pédaler nous restera-t-il un peu d’énergie pour y penser et pour plus qu’y penser ??

« côte de Fontaine la Guyon, ‘tain que ça fait mal aux jambes…j’ai pas récupéré de mon 200 de la semaine dernière…heureusement que je ne mets plus de cardio car là que je crois qu’il aurait explosé. Je vais essayer de remonter un peu ! ouch ! c’est pas fastoche de revenir en tête de peloton… à chaque virage les relances sont sévères…qui c’est le C..qui roule pas la semaine qui fait pas de fractionné ? peux plus remonter bon de toute façon je suis pas mal où je suis et si ça peut durer comme ça …j’ai pas mal reculé dans le paquet mais je vois encore devant la tête de course… »

Le regard acéré de celui qui sait voir ce que le commun ne voit pas, le mollet affûté muscles d’acier et nerfs tout pareil, Gérard est là,  fidèle compagnon de conjugaison d’absurdes efforts qui tant qu’ils nous amusent s’en trouvent justifiés. Fabrice est là aussi et Jean-Marc, les jeunes pointent la roue avant, va falloir s’accrocher. Quelle inéluctable diablerie nous fait perdre d’année en année un peu plus de nos moyens ? mais dure est la peau de l’ours et si besoin est, j’en mangerai un peu ma cuisse ! 

« 4 ou 5 tentent de sortir, ça monte d’un cran, la vitesse je veux dire… les bosses c’est pour plus tard. Inexorablement je recule, on n’est plus du bon côté du paquet. Petites routes qui rendent rien ; virages à l’arrêt et relances meurtrières. Rouler à plus de quarante à l’heure ce n’est rien, repasser de 10 à 40 km/h deux fois par kilomètres voila qui en terme de dépense énergétique pèse autrement sur les organismes. Les mains serrées en bas du guidon nous descendons à travers champs vers le Perche, un peu plus loin là-bas c’est plus vallonné … St Eliph, plus loin les étangs de… joli décor, sinon en braquet t’as quoi toi ? ça roule trop vite pour moi en queue de paquet je sais que je peux pas tenir à cette vitesse… je fais la cassure un second paquet ça serait bien… Fab comble le trou, Jean-Marc le suit…tant pis j’y vais aussi…après St Victor de buthon c’est une autre affaire, s’il n’y a plus Rougemont on perd rien au change…»

Extrait du règlement : " La Blé d’Or " n'est pas une compétition. " au moins c’est dit et c’est clair il faut que ces manifestations restent festives et bon enfant, comment gommer le caractère de plus en plus compétitif qu’elles semblent prendre ? parfois je me prends à imaginer les départs séparés par vagues en fonctions des objectifs des uns et des autres, est-ce réalisable ? serait-ce une bonne chose ? parfois dans les villages les gens s’arrêtent pour applaudir, c’est sympa, comme quoi il n’y a pas que le sport professionnel pour faire du ‘spectacle’ et encore faudrait-il s’interroger sur cela aussi

« la deuxième partie est terrible, les bosses s’enchaînent et les groupes s’y défont, ici les efforts mal dosés se paient cash ! pour moi c’est grimace, pour certains : crampes, d’autres prendront un éclat (je ne cite personne mais ça commence par F)  Gérard facile, toujours souriant je vois bien qu’il en garde… bon ben le paquet maintenant c’est nous, faut y aller faut faire avancer l’autobus… »

quel sens donner à une telle débauche d’énergie, quel besoin a-t-on d’une telle quantité d’efforts, pourquoi s’astreint-on à de telles difficultés, qu’a-t-on à se prouver, que veut-on retirer de cette pratique assidue ???? … nous y sacrifions une partie de notre temps libre, un bout de notre vie sociale et le reste aussi pour tout au plus le sourire indulgent de nos proches…

il n’y avait pourtant pas de madeleines au départ juste du quatre-quarts ; à quelques kilomètres à peine de notre parcours Proust a planté le décor d’une partie de son œuvre, à Illiers-Combray  sous le nom de Combray, suis-je moi aussi sur ces routes à la recherche du temps perdu ?

et sur une cyclosportive on y perd pas son temps ???

« ça remonte vite sur Chartres, la troisième partie est facile, facile si t’arrives à tenir, quelques grosses cuisses ragaillardies remontent et remontent avec la vitesse du paquets qui reprend du cyclos à tout va, maintenant faut tenir, tenir jusqu’à Fontaine la Guyon, avant-dernière bosse avant le talus de la chacatière pour la banderole d’arrivée et la fin de cette superbe blé d’or si sympa. Un souvenir de plus à ranger dans un beau sac.  »

Jean-Marc et Gérard dans mon groupe, Fab quelques mètres derrière juste devant Philippe qui a bien tenu… retrouvailles avec l’ami Bruno : délicieuse  blé d’or !

Sur ta cyclo Claude, tout est bien comme il faut (laisse râler les râleurs) mais tout de même petite nostalgie pour le Roncier alors tant pis pour toi si cette année nous ne trinquerons pas à ta santé ni ne porterons de toast à la blé d’or.

Martial REGALES

Mai 2009

 

 

 

 

LES TROIS BALLONS 2009




« …en face de cette ligne bleue des Vosges d’où monte jusqu’à mon cœur [fidèle] la plainte des vaincus »

Jules Ferry ne parlait pas bien sûr des vaincus de la Planche des Belles-Filles ; arrivée  ô combien mémorable s’il en est de la cyclosportive les 3 Ballons mais j’anticipe…

Champagney (Haute Saône) samedi 13 juin 2009, nous sommes plus de deux mille dans la Grande Rue rangés dans les sas pour le départ de la cyclosportive qui nous fera traverser une partie du parc naturel régional des ballons des Vosges. Température un poil fraîche ou c’est moi qui suis frileux…la journée sera belle la météo s’annonce clémente.

7h20 une majorité de néerlandais, de belges et de-ci de-là quelques bons gaulois s’élancent pour un périple de 205 kilomètres avec quelques taupinières à franchir. Quoi, les cyclosportives ne seraient-elles donc que bataves ? pas mal de féminines dans le paquet !

Oui, d’acier toujours, nerfs muscles jusqu’au regard Gérard encore partant et Fab aussi.  Trinité déglinguée Montlhérienne… club de BARPAT    Bons A Rien Prêts A Tout !

Stress, grisaille du quotidien et tracasseries habituelles s’estomperont bientôt dans la ligne bleue des Vosges.

Ça part vite ? pas vite ? j’en sais rien, ça part et le paquet file vers la première difficulté du jour : le ballon de Servance. Petit et grand parcours séparer les départs, ça serait mieux.

Sous couvert des bois nous montons vite me semble-t-il mais pas encore assez pour le nombre incalculable de cyclistes qui nous passent. Tiens un voisin de Ballainvillers : profite mon gars.

La pente est rude, je redoute toujours avec raison le premier col de la saison, je coince un peu et m’accroche comme je peux. Cyclosportif averti, coursier pur jus, habitué de la cyclo passe le récit tu n’y apprendras rien, je ne parlerai pas de la course il n’en a pas, relis si tu veux l’article 2 du règlement. Servance c’est huit kilomètres de montée quelques rampes assez sévères mais en gérant bien tu monteras facile et tranquille dans l’épaisse forêt, Vosegus le génie des forêts obscures n’a pas de temps à perdre avec les impatients que nous sommes. Sans déc, la montée est très belle. Je crois que Gérard m’a largué, qu’importe c’est bientôt le sommet et avec un peu d’eau c’est de grandes bouffées d’oxygène aux senteurs d’humus montagnard que je prends sans compter. Pour quelques frissons se lâcher gentiment dans la descente, juste ce qu’il faut pour recoller, oh GG attends moi ! la route est belle et c’est rien de le dire !

Halte au Thillot, les hommes en bleu nous arrêtent au rouge, qu’importe c’est rigolo, d’une autre couleur aurions nous stoppé ?

Trop distrait je n’ai pas vu le col du Mesnil, ou alors c’était une descente. La montée du col d’oderen est très roulante mais gare à ne pas s’emballer, ne pas mettre trop de braquet, la journée est encore longue. Petit col bien sympa à l’infinie variété de verts et le ciel qui vire carrément au bleu. Nous passons Kruth puis Vildenstein pour attaquer la rugueuse montée du col de Bramont. Parfois la route se cabre et le  revêtement se fait hostile. Non, non je sais maintenant, Vosegus se cache ici dans cette épaisse forêt. Pas facile Bramont mais bravons la pente et que défilent les kilomètres. La route des américains n’est guère mieux les trois ou quatre bornes qui nous séparent du sommet du col de herrenberg sont difficiles, qui a dit sournoises ? "ohé Vosegus je te vois" pourvu qu’il sorte pas du bois.

Les groupes sont maintenant à peu près constitués, mêmes têtes, mêmes maillots, seules les défaillances feront lâcher prise. Gérard à mon côté pour partager la beauté du paysage. Enfin la route des crêtes, magnifique perspective en bas un étang retient délicatement un peu de brume, somptueux panorama, en français dans le texte un flamand s’écrie : " m…. que c’est beau !" oui que c’est beau et un instant nous semblons tous partager quelque chose, comme un cadeau collectif. En cet instant je ne sais encore ce que me réserve la suite du périple mais rien que pour ces instants de beauté pour cette vue imprenable pour ce sentiment de plénitude, tout, tout s’en trouve justifié ; les heures d’entraînement hivernal, la pluie le vent la fatigue,  les heures de route, tout et même les autres cols si par mégarde j’explose !!! en face de cette ligne bleue des Vosges d’où monte à ton cœur… tellement plus que les pulses de ton cardio !

Euphorique montée vers le Markstein et même ma plaque en veut du grand Ballon . 1325 m et presque 100 bornes déjà.

Au ravito j’attends quelques instants Gérard qui arrive avec ces mots : « magnifique hein ! » sur la ligne bleue des Vosges la beauté des lieux n’a de sens que partagée…

GG n’est plus derrière moi, je crois qu’il veut maintenant gérer son parcours alors j’oublie un peu mes freins juste de quoi affoler le compteur du conteur, allez lève la tête et regarde loin derrière le virage, tu vois ça va déjà plus vite… Quoi descendre ?oui ça me plait.

Quelques kilomètres étranges avant Whiller /Thur à vite oublier pour s’attaquer à la grimpée du col du Hundsruck. Dans les bois profonds la route s’élève, rien d’infranchissable mais les kilomètres s’accumulent, il faut gérer et pour moi d’agréables sensations debout sur les pédales. L’Ètant concentré à son effort pour que mon Être se décentre. Je pensais ce col plus difficile. Plus loin Sewen baigné de soleil propose un ravitaillement salvateur avant l’ascension du ballon d’Alsace. Posé comme par inadvertance un lac magnifique. Des lacets rapprochés nous font grimper par pallier et la pente s’accentue en rentrant sous l’ombrage protecteur de l’épaisse forêt. Le soleil cogne maintenant, j’ai la voûte plantaire qui commence à chauffer. Quatre, cinq kilomètres assez dur mais c’est le dernier ballon, après c’est mieux la pente s’adoucit légèrement. Est-ce encore un paquet ? on se passe, se repasse, on se dépasse se fait dépasser il faut au moins rester en visuel dans ce semblant de peloton, il y a encore quelques kilomètres après le ballon d’Alsace. Le sommet est facile et je ne suis pas dans le dur. Terminé, ça en est fini des ballons, ils sont passés. Descente rapide sans plus quelques virages piégeux, des trous des pavés, pas le moment de faire le mariole !

Pline (l’ancien) par ailleurs amiral, chargé d’avitailler la marine romaine connaît déjà et utilise le sapin des Vosges. Qu’à cela ne tienne, nous aussi dans la portion plus plate allons envoyer du bois et du bon et pas qu’un peu, ouais je sais ce que tu vas me dire…mais devant ils en sont au synthétique, au matériau composite. A notre niveau ça roule fort, très fort à croire que nous sommes pressés d’arriver à Champagney. En bord de route étangs et tourbières puits à carbone mais pas du mien !

Et moi qui croyais le retour sur Champagney plat, genre plage de récup mais que nenni gros gourage,  trois ou quatre bosses dont une assez sévère me passeront au laminoir. Rien sur le profil pourtant en fin de parcours tu les sens passer, ami cyclosportif toi qui viendras, pense à rajouter une pointe à cet endroit, juste pour mieux gérer, ceci étant dit...

Dernier ravitaillement, le soleil tape fort, il y avait plus de monde ce matin et étrangement les traits des ravitaillés sont bien tirés. La remontée sur le Plancher ne ressemble en rien à celle du matin, un peu de vent et des relais trop durs, le groupe va trop vite encore deux ou trois bornes et je laisse filer. Seul au Plancher des Mines, pas de gamberge, va falloir aller au charbon ! Au sortir du village, une bifurcation à droite la route s’élève, panneau à l’humour dévastateur ´arrivée 5 KM ? ´ la vision du mur érigé en face de moi me fait perdre tout sens de la plaisanterie. Première rampe déraisonnable j’ai déjà tout à gauche. Les pieds en feu, même debout sur les pédales j’avance pas par contre qu’est-ce que je grimace ! Le reste tu le sais ; nombre incalculable de gaziers à pieds, de types qui renoncent, un en équilibre une seconde ou deux terminera à terre, oh j’ai tout le temps de le voir vu ma vitesse. «Arrivée 5KM» p…de m… des panneaux jetés n’importe comment annoncent des pourcentage à plus de 11, d’autres rappellent (s’il y avait un milliardième de chance que cela pût nous intéresser le moins du monde surtout en ce moment) les derniers vainqueurs (et pourquoi pas le dernier et son temps d’ascension ?), triste et pale imitation de la montée de l’Alpe d’huez … La vitesse, non ne pas regarder le compteur…la Planche des Belles-Filles, plus que difficile : déraisonnable ! 400 fois je veux mettre pied à terre, 400 fois j’insiste et parfois ma détermination vacille, tenir coûte que coûte par fierté ou inconscience ? Si je m’arrête je ne repars pas. Gobelet à la volet. Je grimpe à la vitesse de l’escargot mais je grimpe toujours. Certes la pente est raide et c’est déjà un tourment suffisant, quel  besoin est-il de rajouter de la difficulté par ce flot ininterrompu de motos de voitures dont, un comble certaines nous obligent même à ralentir encore, sur d’autres cyclos la circulation est régulée.

Pas d’apothéose pour le final, juste du soulagement, mais ça ne gâchera en rien le plaisir pris tout au long de la journée à franchir les ballons, taupinières géantes à moins que les géants ne soient toutes celles et ceux qui les ont franchis

« …en face de cette ligne bleue des Vosges d’où monte jusqu’à mon cœur [fidèle] la plainte des vaincus »

JUIN 2009

M REGALES

 

 

 

LA SAGA DE L’OISANS

 




EPISODE I –  Une marmotte au paradis des cyclos.

EPISODE II – POUR TOUJOURS

EPISODE III  - «Sisyphe heureux ! »

Epilogue

 

« L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde » …dans la voiture qui nous monte sur l’Alpe d’Huez je cite Camus, l’homme au regard transperçant nerfs et muscles d’acier, Gérard de répondre : «  L’absurde c’est la conscience toujours maintenue d’une fracture entre le monde et mon esprit », le bougre en plus il a les mots…

Rendez-vous incontournable, mythe absolu, monument, obligation ou absurdité de s’aligner à la Marmotte ? piège à cyclosportif en mal de sensations ? fêtasse aux relents de business grossier ?  oui bien sûr tout cela et le reste, tu peux lui trouver tous les défauts du monde en rajouter d’autres et tu n’auras peut-être pas tort mais tu es libre de participer ou pas, aussi la décision prise de ta participation, gravir encore et encore des cols tel Sisyphe cycliste voilà ce qui attend le cyclosportif marmotteur…

174 kilomètres et 5000 mètres de dénivelé, rien pour celui qui traverse un continent à vélo (chapeau Crazy Gone !) promenade dominicale (brillante{euh…[désolé…]}) mais presque un contient à traverser pour le (mal entraîné) cyclosportif du dimanche à l’imaginaire limité (JdlC si tu … ! )

Il est 7 heures à Bourg D’Oisans, dans le matin lumineux et doux s’agglutinent devant la ligne de départ des quantités invraisemblables de cyclos. Impressionnant paquet bigarré et cosmopolite. Dans les trois sas les wagons d’un douteux ‘train bleu’, chacun tracera sa route !!

‘La révolte c’est connaître notre destin fatal et néanmoins l’affronter’

7h15 départ de la première vague, les deux autres un peu plus tard. «ici et maintenant» commence l’action, «ici et maintenant» commence un affrontement

Nico et Gérard dans les roues nous descendons sans trop forcer vers Allemont, on pourrait aller plus vite mais ne pas s’emballer, pas encore ! première rampe du barrage du Verney, tranquille

"Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile…"  le col commence vraiment un peu plus loin. Les premiers kilomètres dans les bois présentent les pourcentages les plus forts, ne pas trop en faire, sous ce soleil brûlant les pentes qui nous attendent éprouveront nos organismes bien assez tôt, il nous reste tant d’efforts à fournir. Concentrés, gérant l’ascension peu de bavardages ou alors sont-ce les langues qui érigent des barrières ? Assis et debout je grimpe avec une certaine aisance, on me double, nous en doublons aussi, Nico assure, mon expérience me rassure.

"...Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde..."  Le col du Glandon est long, sa première partie la plus dure, quelques passages abrupts après la petite descente délicats à négocier puis plus loin, par delà le barrage de Grand-Maison et jusqu’au sommet c’est plus facile. Pour l’instant ne pas se désunir, rester concentré. Mur impressionnant du barrage, la route serpente en s’ouvrant, le ciel d’un bleu magnifique s’offre à nous, le cueillir à pleins poumons, de l’alpage profondément vert aux dures roches des pointes effilées des Aiguilles d’Arves le silence déraisonnable du monde étale pour nos yeux sa beauté immuable.

Une partie de la beauté de ce monde en partage pour toi pour vous chers absents dont la présence eût été si festive…parfois l’ascension se durcit et s’évapore l’aisance, ce col n’est pas si facile !

"La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux." 

Ardemment le soleil brille plus tard il brûlera. Le haut du Glandon ample et dégagé est moins dur, ne rien manquer du décor, ne rien manquer de l’instant, dans ‘l’ici et maintenant’ se goinfrer, se méga goinfrer de vie,  Gérard qui c’est laissé décrocher savoure assurément. « La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent. » Pagaille au sommet, mais quand tu es devant c’est moins pire que pour les suivants, je peux même remplir une gourde à la volée.

Premier col passé, Et d’un, pas le plus dur, mais pour celui là c’est fait.

Début de descente facile, sans appuyer. Sur le côté un nombre impressionnant de crevaisons.  Ouch sortie de virage dans l’herbe, une autre courbe mal négociée et puis encore un virage raté, limite du hors-jeu, quoi, je ne saurais plus descendre ? guidonnage… ok crevaison pour moi aussi … déveine et déveine, déjà au lever la roue arrière et maintenant l’avant, où sont donc mes cartouches de CO² ?

Nico déjà loin devant, Gérard file comme un obus et pour moi de longues minutes à manier mes minutes. C’est par centaines que passent les cyclos. Que tirer d’une mini pompe asthmatique ; à peine quatre kilos de pression pour faire la descente la plus lente jamais faite, rien au dessus de trente, je sors un peu de l’événement, comme s’il s’éloignait ou sortait de moi, et passent encore des cyclos aux numéros supérieur à 2000, premiers de la deuxième vagues mais c’est pas grave : " Il faut imaginer Sisyphe heureux." 

La descente n’est pas difficile et pourtant des gadins, je suis pressé d’en terminer. Quelle finisse vite !

Juste avant St Jean de Maurienne une pompe salvatrice et ce n’est pas parce que j’en profite aujourd’hui que je vais changer d’avis ; je ne suis pas pour les assistances individuelles, plaies des cyclosportives. Un gros paquet pour faire le peu de vallée qui reste, attention tout de même à ne pas se griller sur la partie la moins agréable du parcours ; Nationale, trafic,vent de face. Certains groupes roulent fort, prends garde à toi, ne pas trop en faire même si l’envie est là.

Enfin St Michel de Maurienne, du monde un beau soleil et quelque chose qui en toi vient de bouger.

Prudent je fais le plein d’eau, la chaleur est intense.

Premières pentes du Télégraphe et comme pour le Glandon les plus forts pourcentages sont en bas, à mi col ça sera plus facile et même roulant sur le haut, avant il faut grimper. Torride, le soleil cogne. Boire et boire encore, boire avant la soif, n’oublie pas. Premier week-end de juillet le trafic est important, trop de véhicules, certains inutiles comment faire pour les proscrire, comment leur expliquer ? je me sens bien alors j’en mets plus dans mon rythme de pédalage même si c’est pas toujours aussi facile que je te le dis, en fait : " Je veux imaginer un Sisyphe heureux."  Nous montons parfois dans les bois à l’abri du soleil, j’aime ces hauts arbres aux pointes dressées comme par défi à leur immobilité pour au milieu du ciel jouer avec les vents. Le Télégraphe, douze kilomètres d’ascension, pour certains le combat sera dur. Pour ne pas subir la  pente accélérer encore un peu, debout respire une fois pour toi une fois pour lui, que ton souffle te porte. « Qu'est-ce qu'un homme révolté? un homme qui dit non, un homme qui dit oui. » quitter sa condition de cyclotouriste ‘honorable’, ouiiii appuie plus fort sur ta prothèse, en haut nous nous hisserons comme les coursiers.

Toujours pas de musique dans ma boite à cervelle juste quelques mots à opposer au « silence déraisonnable du monde » c’est bientôt le sommet j’en tombe combien de couronnes, une deux ?

Basculer avec gourmandise sur neuf kilos de pression, je ne résiste pas…belle descente facile, pas du tout piégeuse et un virage devant, le mollet affûté, muscles d’acier Gérard assure, serein. Et c’est déjà Valloire. Plus ou moins à mi parcours,  qui a dit qu’en multipliant par deux ….j’ai pas de montre et que m’importe le décompte d’une durée encore en mouvement !

C’est déjà Valloire, la porte du Galibier j’entre dans une dimension qui doit nécessairement me dépasser, nous dépasser ! intimidante la première rampe avant les Verneys. Ravitaillement, liquide pour moi. Boire et boire encore. Gérard arrive, s’évapore ou se volatilise aussitôt alors que je le cherche en vain. Diablerie, Mystification ?

Fabrice, Pierre, Jean-Marc, Philippe, Michel et tous ces autres que je ne sais nommer un peu plus bas, Allez les Gars ; Go, Go : "La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux." Partir à l’assaut du Galibier c’est résoudre une équation à deux inconnues : moi ou la pente, moi et la pente !  Gérard n’aime pas cette première partie, pas trop pentue, longue et toute droite, moi c’est tout le col que j’aime, cette portion avec où il faut réapprendre la patience. La chaleur accablante diminuera avec l’altitude et augmentera avec l’effort, insoluble ma volonté d’aller en haut. Passer ce long défilé sans se mettre dans le rouge, regarder devant, regarder plus haut dans l’attente de ses promesses. Je rattrape Gérard peu avant Plan Lachat où prudent je ravitaille encore en eau. Vue imprenable sur la vallée, inclinaison déraisonnable, ouchhh c’est pour ça que nous somme là ; un combat ? un accomplissement ? " Il faut imaginer Sisyphe heureux." Puisqu’il le dit !

Pourcentage à plus de huit et l’altitude qui bride l’effort en contrepartie un monumental décor, somptueux paysage et beaucoup moins de voitures pour enfin écouter parfois un peu du silence déraisonnable du monde  "...Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde..." et je m’y sens bien dans ce monde.

Je remonte nombre de cyclos et encore Gérard, je retrouve un peu de l’euphorie de mon premier passage, à tant aimer ce col il doit assurément m’en rendre beaucoup ! l’inclinaison est forte, ma détermination aussi, le soleil est de plomb de vif-argent ma volonté. « Sisyphe, Heureux… ? »  Juste derrière les Granges du Galibier, le sommet si loin et déjà si proche, vertigineuse beauté qui efface un peu de la difficulté. Tout là-haut le col mais avant des rampes sévères, des grimaces et des plantages, certains en grosse difficulté. " Il faut imaginer Sisyphe heureux."  Si mes yeux fixent le sommet mon regard ne manque rien de ce qui s’offre à lui. Du raffut, du monde, du bruit… Bonheur au passage du col et même plus, j’intériorise : «Nul homme n'est hypocrite dans ses plaisirs. »

Une gourde encore intacte, je zappe le ravitaillement, gonflé à bloc je veux faire la descente. Euphorique grisé de vitesse, je reprends des cyclos et même des groupes entiers. Route étroite et abrupte, à gauche pas grand-chose pour te retenir. La Meije magnifique l’outrancier Glacier. Bleu sous ton gris camouflage, à te voir si grand dans la démesure de ton étalement comment imaginer que tu te ratatines, rongé par notre égoïste désinvolture. Admirable vue plongeante sur le Lautaret, l’espace n’est aride que par défaut de regard. Nous passons le col déjà. Bourrasques de vent, vigilance. Etrange sensation de rentrer au fur et à mesure de la descente dans une fournaise toujours plus intense. Boire et boire encore, manger si tu peux au moins une pâte de fruit, une topette. Par chance une moto bien bleue nous ouvre la route et sécurise notre descente, passages épiques sous les tunnels, à fond tu cogites pas. Paquet conséquent et comme toujours nous ne sommes que quatre ou cinq devant. Tiens elle est passée où la montée du Freynet ? ni la fatigue ni le vent de face ne ralentiront notre arrivée sur Bourg d’Oisans. Je sais ce qui m’attend maintenant mais " Il faut imaginer Sisyphe heureux." Dernière montée vers l’Alpe d’Huez. Je ne sais pas dans quel état mais je sais déjà que j’irai au bout. Les trois premiers kilomètres sont monstrueux, après la Garde c’est plus raisonnable. Pas de ravitaillement en bas, je le garde pour La Garde. La chaleur est infernale, le soleil comme un boxeur dément nous assomme de funestes coups.

Après cent soixante kilomètres la première rampe c’est un laminage en règle, ne pas le subir. Se lever et appuyer plus fort  "La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux." Je ne vais pas compter les lacets ni même les regarder, m’isoler dans une bulle. Monter pour monter : « En vérité, le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout. »

Assis debout, plus debout qu’assis ou l’inverse, peu importe il faut que ça monte. Les places sont chères sur les parapets, elles le sont aussi dans les rares coins d’ombrage mais je n’en revendiquerai pas le moindre millimètre carré. J’ai les pieds en feu. Certains marchent, ne pas les voir, il te faut regarder plus haut. De l’eau, je fais le plein à la Garde ouf et un bidon sur les pieds, un autre sur le casque. De l’eau bien fraîche, bonheur absolu. Et Sisyphe, il buvait quoi ?

« le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout. » l’inclinaison se radoucit légèrement, tomber une couronne, ne pas subir la pente, j’accélère (un peu…) la chaleur est accablante, insupportable les véhicules qu’il te faut doubler. Je sais que j’irai au bout, je n’en doute pas c’est ma vitesse qu’il me faudrait augmenter. A portée de vue Huez, ça sent bon l’arrivée. De points d’eau en ravitaillements improvisés, les encouragements ne manquent pas. Dans ma bulle, jubilation encore retenue. Virage 5, l’Alpe d’Huez  à quelques tours de roues, une joie solide et puissance me porte. Plus vite mais pas trop, savourer à fond. J’accélère encore et pourtant je voudrais ralentir. Virage 1, dernière rampe avant la station. Dernier kilomètre. Ça va trop vite, j’en veux encore. Extatique sentiment  «Nul homme n'est hypocrite dans ses plaisirs. » le rond-point, les tentes, les gens qui applaudissent, le bruit, la ligne. Je suis vidé et heureux.

Nico est déjà là, insolente jeunesse, comme les miens, les traits marqués de Gérard arrivent aussi : « Après un certain âge, tout homme est responsable de son visage. » 5ème de sa catégorie, sûrement celle des hommes remarquables, comme Jean-Marc et Pierre qui en finiront un plus tard et Fab, Philippe et Michel pour avoir osé la tenter.

Bien plus tard encore d’autres révoltées et révoltés, dépossédés de puce électronique, imaginant Sisyphe heureux atteindront leur acmé, malgré les orages, le vent ou la nuit tombante. « la volonté d'arriver suffit à tout. »

Extraordinaire Marmotte.

Citations d’ Albert Camus.

EPILOGUE

En guise d’épilogue, remerciements à celles et ceux qui ont eu la patience de me lire, ceux qui, peut-être plus par amitié que par réel intérêt ont témoigné quelques marques d’intérêt pour une prose confuse et absconse d’un dilettante aussi peu doué pour ça que pour le vélo. 

Seneca déjà se demandait « pourquoi sais-je écrire ? » et moi qui ne sais pas, je laisse ma ‘vox’ se perdre entre Galibier et Glaces éternelles de la Meije

« Nous finissons toujours par avoir le visage de nos vérités. »

M. REGALES

Juillet 2009