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PEREGRINATIONS

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LE GRAND COLOMBIER : mode d'emploi pour devenir fêlés

LE GRAND COLOMBIER : mode d'emploi pour devenir fêlés


Voilà une autre sorte de défi.
Qui n'est ni de l'ultra, ni de la randonnée au long cours.
Et qui consiste à faire toutes les ascensions possibles du Grand Colombier.

  Un défi que nous avons relevé il y a 4 ans déjà.
Mon premier vrai grand défi, André lui en avait déjà quelques uns dans son escarcelle.
Au soir de ces 4 ascensions, je pensais avoir fait le tour de la question ou presque......quelle arrogance !
Ce fut une journée fondatrice pour moi.
Rétrospectivement, je réalise que le Grand Colombier m'a permis de visiter des lieux intérieurs que j'ignorais. Et c'est bien ce voyage-là qui, à travers les très longues distances sur le vélo, m'occupe depuis ce jour d'août 2004.

Si j'avais su.......j'aurais venu plus tôt !!

Le récit que j'ai écrit quelques jours après (août 2004) et que je vous donne à re-lire a donc valeur de document d'archives  !!
(avait alors été publié sur le site des Fêlés du Grand Colombier et sur veloconcept.com)

Allez c'est parti pour un voyage dans la machine à remonter le temps...........et monter les 4 faces de cette majestueuse et si improbable montagne.

Et si vous voulez vous y essayer, rien de plus facile.....RV ici.
Surtout ne zappez pas la visite !

 

Le Grand Colombier s'élève à 1535 m.
Au sommet, la vue sur les Alpes et sur le lac du Bourget est splendide.
A l'ouest, la vue sur l'Ain puis le lointain Beaujolais semble infinie.
Ce col est au programme du Brevet de Randonneur du Bugey (FFCT), superbe région au sud du Jura français.
Il est également souvent escaladé par les pros lors du Tour de l'Ain.
C'est un vrai grand col, long et recelant à l'ombre de ses bois de surprenants pourcentages.

Pour le voir

Pour le situer, mieux le connaître et tout savoir sur ses quatre ascensions
Une fois la carte satellite affichée, cliquez sur les points repères dans la colonne gauche afin d'avoir accès aux commentaires - où vous trouverez un lien supplémentaire vers toujours plus d'infos !

 

Genèse

Le Grand Colombier, je n’en n’avais jamais entendu parler ( il faut dire que je n’excelle pas en géographie)...je l’ai découvert au hasard d’un voyage en voiture.

 Etonnement tout au long des lacets qui emmènent d’Anglefort au sommet. Effarement devant les pourcentages annoncés sur les panneaux et la pente qui se raidit, se cabre par endroits.
Stupéfaction au sommet devant le spectacle grandiose qui s’offre à moi.

A l’époque (en 1999), j’étais encore une novice en vélo, mais tout de suite je me suis dit que je voulais le grimper ce Grand Colombier un jour, me mesurer à lui, même si je me sentais remplie d’effroi devant les pourcentages (aussi bien pour les montées que pour les descentes !!).

Alors l’an dernier, première participation au Brevet cyclo-montagnard du Bugey……..et donc première ascension de ce Grand Colombier, par Culoz, le matin.
La route qui s’élève vite au-dessus du village, les méandres du Rhône baignés par la lumière du soleil levant, le lac du Bourget si calme, les virages si serrés à flanc de rochers, les sommets des Alpes qui se découpent sur le ciel bleu, mon souffle qui se fait court, les mollets qui déjà deviennent durs, puis le replat et la suite de la montée que je trouve difficile – des souvenirs bien ancrés.

Le soir, à Hauteville, je lis que Dominique Briand (son nom me restera en mémoire !!) vient de monter le Grand Colombier 9 fois !!!!!!! Mon Dieu, comment est-ce possible ?
En parallèle, je découvre que certains s’amusent à gravir le GC 2 ou 3 fois, voire 4 et plus …vraiment le monde est rempli de ‘fêlés’ – à quoi ça sert de monter 4 fois la même montagne ?
Faut vraiment être un stakhanoviste du vélo, faut aimer souffrir…je me surprends même à songer qu’il faut singulièrement manquer d’imagination pour faire ce genre de choses, alors qu’il y a encore tant et tant de sommets à découvrir partout…je deviens plus critique encore, sûrement il faut ressentir le besoin constant de se mesurer aux autres, être à la recherche de défis finalement bien vains pour prendre plaisir à de telles entreprises……
Voilà, ça c’était en 2003 !!
Et puis, allez savoir pourquoi, l’idée est revenue sur le tapis, je ne sais même plus quand ni comment, probablement parce que l’envie de voir si je pouvais y arriver s’est insinuée en moi progressivement……Et comme il est souvent dit, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’envie.

Alors je me dis qu’il ne faut surtout pas tomber sur cette histoire de Confrérie des Fêlés du Colombier, parce que dès lors c’est foutu – aucun cycliste ne peut ‘raisonnablement’ résister au besoin de savoir ce dont il ou elle est capable.
Devenir membre des Fêlés est donc affaire de raison !!


Dimanche 8 août 2004

Lever 5h.
Préparatifs dans le silence, pour ne pas réveiller les occupants du camping municipal de Champagne.
En buvant notre café, nos regards se portent sur le Grand Colombier, mais nous ne sommes pas tout à fait sûrs de l’endroit où se trouve le sommet. En fait, nous pensons qu’il ne se voit pas de Champagne, car la montagne paraît peu élevée !! Mais je me doute bien que le soir nos regards sur le Grand Colombier auront changé, que nous le verrons d’une toute autre manière …..

Nous descendons sur Artemare en voiture.
Le Berlingo nous servira de base logistique. André, beaucoup plus rapide que moi, devrait pouvoir effectuer montée et descente puis se rendre au point de départ suivant en voiture où je le retrouverai…je n’ai donc qu’à me soucier de monter et descendre les 4 faces dans le bon ordre, à mon rythme, en gérant du mieux que je peux (c’est la première année que je m’essaye aux forts dénivelés et je manque encore de repères quant à mes possibilités sur ce genre de terrain – le maître mot de la journée pour moi sera donc " prudence " ou selon l’adage anglais " Wait and see ") - il faut bien qu’il y ait quelque avantage à être de niveau inférieur !

Nous nous élançons d’Artemare à 6h45.
Après un contre-temps : le cardio-fréquence mètre HAC4 d’André refuse de fonctionner, probablement trop douché par les orages vosgiens.
Petite contrariété, puisqu’il ne pourra garder trace informatique de cette journée pas vraiment ordinaire. Du coup, il attaque la première montée, par Virieu le Petit, avec comme un soupçon de hargne. L’adrénaline étant garante d’un pédalage puissant, je le vois rapidement disparaître au loin. Ah que j’aimerais pouvoir l’imiter, mais la pesanteur est mon lot, et dire que pour l’instant la pente n’est que de 4 ou 5 %.
En fait, j’appréhende beaucoup le passage difficile après Virieu le Petit (c’est d’ailleurs sur mon insistance que nous avons décidé de faire cette face d’abord…pour nous en ‘débarrasser’ en quelque sorte).

Et voilà, j’y suis, le panneau me l’indique.
Ah le moment de vérité arrive.
Je ne jetterai pas un coup d’œil à mon compteur, pour ne pas lire les chiffres des pourcentages.
Je commence sur le 34x26, et garde le 34x29 en réserve.
Les jambes tournent bien, j’évite de penser, je me concentre sur mon pédalage et mes exercices ‘mentaux’, ça va bien.
Et là, devant moi, la rampe...le mûr, il est là.

....19%....22%...

Le 34x29 est de rigueur.
Mon esprit vagabonde
– je crois bien avoir lu quelque part que ça dure sur plus d’un kilomètre
...pourvu que ce soit faux
…allez il faut me concentrer,
revenir à l’essentiel,
respirer à fond sur le rythme 1/1,
m’agripper mentalement à la pente,
lancer mon regard loin devant,
faire passer ma force dans mes jambes.
Cela devient de plus en plus dur
mais
en aucun cas je ne mettrai pied à terre, c’est hors de question, le GC je lui dois de l’escalader à vélo...
je
zigzague légèrement,
cela me rend la chose plus facile…
et voilà comme un replat !
La pente est encore sévère mais là un 7% en montée me semblerait une descente, comparativement.
Ouf, soulagée, je finis l’ascension dans l’allégresse, surtout après avoir croisé André tout sourire qui redescend sur Artemare pour emmener la voiture à Culoz, où je dois le retrouver.


Mention spéciale à l’écrivain(e) dont les écrits, aux phrases espacées de plusieurs kilomètres tout au long de la pente ( ‘Je t’aime, Alex’…..’Tu as bien réfléchi ?’….’Tu es sûr de toi ?’….’Allez, Coucouille’….’Bravo, t’es une tebe’…) offrent une lecture entre les lignes – déclaration d’amour ? engagement ? rupture ?....étrange tout de même de faire ses déclarations ainsi, à même le sol et gênant pour celui qui les découvre, j’imagine..Ah mais, suis-je idiote, ces inscriptions étaient destinées à un futur Fêlé, une ‘tebe’ du vélo …mais alors moi aussi je serai une bête si je boucle les 4 montées !!
Et voilà à quoi je m’occupais l’esprit, entre autre, jusqu’à 1 km du sommet.

Ah le sommet au petit matin !
Comme l’impression d’être seule au monde devant le paysage encore noyé de brume à mes pieds. Je descends doucement, à cette heure matinale je crains que des animaux ne traversent la route devant moi – et puis je me sens un peu comme une intruse dans cette magnifique forêt. Dans les lacets au-dessus de Culoz, je croise les premiers cyclistes – quel peuple de lève-tôt !

Dans le village, André est déjà prêt à repartir. J’avale un en-cas, remplis mes bidons (sirop + eau, comme d’hab) et hop, nous repartons. Deuxième compostage avec la pince au passage – avant la montée, certes,mais comme je ne repasserai pas là, difficile de faire autrement.

J’aime beaucoup cette montée par Culoz, cette impression de me hisser vers quelque sommet très haut perché, mais déjà il fait chaud dans le passage à flanc de rocher et je rejoins l’ombre de la forêt avec soulagement. Je compare mes sensations avec celles de l’année dernière. La comparaison me rassure et je prends beaucoup de plaisir à cette deuxième grimpée. Même la grande ligne droite avec des passages à 12-14% semble avoir rapidement défilé – mais je dois avouer que mes petits développements me permettent de conserver une certaine fraîcheur musculaire. Un cycliste ‘de bon aloi’ me rattrape et me double, puis l’écart se stabilise. Le dernier bout droit est facile, d’autant que j’ai vent dans le dos. A nouveau, je croise André et son large sourire de contentement, à la hauteur de la première barrière canadienne. Et voici le virage avant le sommet – le cycliste qui m’a doublé m’encourage en me disant que c’est la fin, je lui réponds que non, qu’il s’en faut de deux ! Une fois qu’il a compris, il semble épaté. Ca me fait plaisir et me donne du cœur à l’ouvrage, même si je sais qu’il me reste à accomplir le plus dur…mais là je suis déjà si contente de moi, deux montées et je suis encore en pleine forme et ai hâte de m’attaquer à la troisième – quel contraste avec l’année dernière !
Un coup d’oeil appuyé sur les paysages alpins mais malheureusement aujourd’hui les brumes de chaleur ne se lèveront pas – le site demeure magnifique néanmoins.

Le coupe-vent enfilé, je descends sur Anglefort. De nombreuses voitures montent, probablement de futurs pique-niqueurs à la recherche de la fraîcheur des sommets.
A Anglefort, selon notre plan, je retrouve la voiture et André….
un timing d'horloger suisse !
Nous nous restaurons de manière plus importante, changeons de maillot, remplissons les bidons et c’est reparti. Troisième compostage avec la pince (ce système est parfait !)……les habitudes se prennent vite.

Il doit être aux alentours de midi, la chaleur est là, un habitant semble admiratif lorsqu’il nous voit passer. Sûr que là nous devons lui apparaître comme des fêlés, du moins comme de doux dingues !
D’ailleurs, les mots ou signes d’encouragement ne nous auront pas manqué tout au long de la journée – et c’est vraiment quelque chose de sympathique. J’ai même entendu une dame dire sur mon passage ‘…mais c’est une femme !’…eh oui les femmes aussi montent le GC !
Mon cardio/compteur est toujours bloqué sur les pourcentages et le kilométrage – pour le reste, je ne me fie qu’aux sensations dans les jambes, pour être au plus près de mes possibilités. Je veux ignorer l’heure et donc le temps – je me concentre sur chaque montée, sans penser à la suivante, afin de goûter au maximum à l’instant présent.
Me voilà donc de nouveau seule. André a le coup de pédale de plus en plus alerte et je ne l’ai gardé en ligne de mire que le temps de deux virages. Les jambes sont lourdes – normal après cet arrêt un peu plus prolongé. Mais rapidement je reprends mon schéma respiratoire en 2/1
et les jambes retrouvent du cœur à l’ouvrage.
Le soleil, de plomb, à l’aplomb…je suis de plomb.
Trois cyclistes dont une féminine, croisés précédemment dans la descente sur Anglefort, descendent à leur tour. Le ballet des voitures de pique-niqueurs a cessé. Plénitude lourde des temps méridiens de l’été.
La pente est régulière, cela favorise ma concentration. Je retourne à mes jeux d’imagerie mentale – notamment celui qui m’aide à gérer les effets tant redoutés de la chaleur (expirations longues et fortes en rouge et inspiration en bleu).
Au loin, un cycliste qui zigzague sur la route, à la recherche des quelques taches d’ombre. Je le rejoins.
" Vous êtes montée par Culoz ? "…quelques mots d’explication…il trouve cela
" excellent "…moi aussi ! Nous discutons braquets – un sujet de conversation qui semble être de mise sur les pentes du Grand Colombier.
Mais déjà voici la première barrière canadienne (pourquoi canadienne, d’ailleurs ??) ! Et moi qui croyais que la redoutable ligne droite était encore à faire. En fait, j’étais si concentrée sur mon imagerie intérieure que je l’ai passée sans m’en rendre compte…. " inquiétant ", penseront certains…..pour moi, plutôt une source de contentement.
Du coup je retrouve de la vigueur et prends congé du cycliste genevois.
Dernière ligne droite avant le sommet, des ailes me poussent dans le dos, je suis euphorique, d’autant que voilà André qui descend – sourire et signe d’encouragement devenus rituels.

Le sommet, une fois de plus. Et la descente sur Champagne. Je dois retrouver André au camping (d’ici là, il aura eu le temps de redescendre sur Anglefort et de ramener le Berlingo jusqu’au camping….ah les mérites de la vélocité !).
Les prés sont tachetés de pique-niqueurs alanguis, en pleine digestion.
Je me hâte.
Doux bruit des fontaines à Lochieu et ses hameaux.
Champagne et son camping – je longe la piscine, rires et cris, bruits d’éclaboussement…plus qu’une et ce sera mon tour de plonger dans l’eau !

Rituel bien huilé maintenant : bidons, sandwich, pâtes de fruit, eau gazeuse bue goulûment. Et c’est reparti.
Dés les premiers tours de roue, je sens que cette montée sera la plus dure – les vastes internes tendus, comme prêts à claquer, la migraine due à la chaleur qui commence à prendre ses aises.
Et André, qui me double et me laisse sur place….rien de plus agaçant que de voir un cycliste en forme alors que je suis vidée de toute énergie !!
Effectivement, les 19 kms qui me séparent du sommet, je vais les effectuer à la volonté, incapable de retrouver la concentration nécessaire sur un long moment. Heureusement, seulement 2 passages difficiles. Mais après les prairies au-dessus de l’embranchement avec la route 120C, lorsque j’aperçois la croix du Grand Colombier là-haut, tout là-haut, je vacille…..mais où trouver la force ? …mon vélo me semble si lourd…..Vite, je me réfugie dans les schémas respiratoires, bloque toute autre pensée, tour de roue après tour de roue…ça y est, les barrières canadiennes…et la route qui s’élève encore…et voilà André qui descend à ma rencontre, pour m’escorter jusqu’au sommet.
Et cette dernière ligne droite, le vent de face…..non, je ne vais pas craquer, appuie, appuie…..

Là, c’est la fin.

Quelques sanglots, effondrée sur mon cintre. De fatigue, de joie, de fierté, de tant d’autres choses encore.
Et la voix d’un garçonnet " Le monsieur, il a pas l’air fatigué, lui. Pourquoi la dame elle est fatiguée ? "
Je me redresse. Nous savourons l’instant. Oui, la dame est très fatiguée. Mais si heureuse – la fatigue ne dure qu’un instant. La joie et la fierté durent toute une vie.
Et si je revenais l’année prochaîne, le 15 août, jour de mes 49 ans, pour 4 autres montées…voire plus ?!

La dernière descente, faite avec André. Un vrai bonheur. Dernier compostage à Champagne. Le seul qui sera effectué après la descente.
Je regarde l’heure, enfin. Il est 17 heures et une minute. Une journée bien remplie.
Et cette fois, je le vois le sommet du Grand Colombier, de notre tente – impossible de se tromper avec la croix. Et je le trouve plus haut que ce matin, tellement plus haut.

Restent les données enregistrées par mon compteur, dont les temps des montées, que voici :

Montée par Artemare et Virieu : 1h38
Montée par Culoz : 1h47
Montée par Anglefort : 1h44
Montée par Champagne : 1h39

André me dit que je me suis bien débrouillée….je le crois sur parole !

[Texte : Pat - Août 2004]