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PEREGRINATIONS

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L'échappée belle, hommage à Lee Craigie

L'échappée belle, hommage à Lee Craigie

Sur la Highland Trail 550, en 2016. Crédit photo : Lee Craigie

Sur la Highland Trail 550, en 2016. Crédit photo : Lee Craigie

PROPOS LIMINAIRES

Lee Craigie, je l’ai découverte dans le monde virtuel d’internet il y a un peu plus d’un an. Via Twitter, et surtout via l’association The Adventure Syndicate, qu’elle a fondée avec Emily Chappell, autre icône féminine à mes yeux. 

En peu de temps The Adventure Syndicate est devenu incontournable, sur le net comme en GB, et un nombre impressionnant de femmes ont rejoint Lee et Emily sur le vélo, soit pour des longues distances encadrées par elles, soit pour des formations mécaniques, ou des stages d’entrainement VTT. Ou bien encore lors de conférences ou animations dans les écoles et manifestations sportives ou culturelles. Cet engouement est le signe infaillible que le besoin était là, énorme. Il témoigne également du charisme de Lee et Emily, toutes deux des femmes d’exception, au même titre que Lael Wilcox, déjà présentée sur Pérégrinations. 

J’ai eu l’occasion de parler de Lee et Emily à plusieurs reprises sur Facebook, je n’y reviendrai donc pas de manière extensive. 

Ci-dessous le film réalisé par Lee il y a peu, et différentes rubriques pour mieux faire sa connaissance. 

Surtout, vous trouverez la traduction du récit de son voyage intérieur, réalisée par mes soins et avec sa permission. Lee a également eu la gentillesse de procéder à quelques corrections de mon script de son récit vidéo en anglais.

C’est une lecture qu’il ne faut en aucun cas omettre de faire ! 

 ’ Echappée, le voyage intérieur de Lee Craigie au long de la Voie Caledonia’ 

Il s’agit d’un superbe film réalisé par Lee Craigie, afin de promouvoir le vélo pratiqué en auto-suffisance (sur le mode bike packing) et l’esprit d'aventure qui s’y associe inévitablement. Afin que les adolescents à la recherche d’espaces de liberté et d'un sentiment de fierté personnelle, mais aussi les femmes trop souvent peu confiantes en leur potentiel physique, mental et émotionnel, puissent enfin accéder à une autre version d'eux-mêmes, plus valorisante, plus enthousiasmante et plus passionnée.

Histoire de ne pas passer à côté de choses essentielles et fondatrices. Et ceci grâce à l’aventure cycliste, en solo. Il s'agit donc là d'un message de toute première importance, et que la voix persuasive de Lee Craigie délivre avec la force de son accent écossais, sur les images splendides des paysages de la péninsule de Kintyre et de Great Glen. 

Lee Craigie, vététiste de haut nivea

Venue tard à la compétition, elle a remporté les titres de Championne XC de Grande-Bretagne et d’Ecosse à plusieurs reprises. Elle a également participé à de nombreuses manches de la Coupe du monde VTT XC entre 2012 et  2014. Récemment, au printemps 2016, elle s’est classée 1° féminine et 5° scratch de la Highland Trail 550, une des courses VTT en autonomie complète parmi les plus dures en Europe, un exploit qui a déjà fait date. 

En octobre 2016 elle a remporté le titre de championne britannique des 24 heures VTT solo  (voir son compte-rendu )

En 2017, elle a pour objectif de prendre part à la mythique Tour Divide Race, aux Etats-unis.

PANORAMA 

L'article à propos du film et de la Voie Caledonia sur Sustrans

La page web à propos de la Voie Caledonia 

Le blog de Lee 

Le palmarès de Lee 

Son parcours de vie

Les compte-rendus enthousiastes et enthousiasmants de Lee à propos de son expérience sur la Highland Trail 550 - un vrai bonheur à lire, de la première à la dernière ligne, et tellement instructifs : Partie 1 -  Partie 2 - Partie 3 

The Highland Trail 550  (885 km VTT en autonomie complète dans les Hautes Terres écossaises). Prochain départ le samedi 27 mai 2017. Deux français au départ : Clément Stawicki et Florian Ponzo - yeah!!! Et bien sûr Lee Craigie, et 5 autre féminines.

A propos du programme d'aide aux jeunes Cycletherapy

The Adventure Syndicate

Version française du 'Voyage intérieur de Lee' 

Lorsque j’avais 13 ans,  en classe de cinquième, j’étais paralysée par la peur pendant les cours de français, incapable de prononcer un mot. Mais je savais que la vie c’était autre chose que ça, et le regard tourné vers la fenêtre de la salle de classe, la tête pleine de rêves de virées au grand air, j'attendais avec impatience de me retrouver dans les monts de Campsie Fells, mue par ma propre énergie. A des kilomètres de la mesquinerie de mes camarades de classe, de leurs espoirs au rabais et des normes sociales. 

Je ne voulais pas, ne pouvais pas, ressembler à ces filles qui passaient leur temps à bavarder sur les autres. Moi je voulais connaître le vaste monde, et les sentiments de liberté et d’excitation qui m’y attendaient. Je débordais d’un trop plein d’énergie physique mais j’ignorais comment en faire bon usage, ne sachant que faire ou vers qui me tourner.

Et puis j’ai découvert le vélo. C’est devenu mon secret. J’ai passé mon examen de français en fin de cinquième, j’ai subi les remarques narquoises  de mes camarades, mais j’ai réussi à gérer tout ça parce que je savais quelque chose qu’ils ignoraient. Grâce au vélo, j’avais accès à un monde qu’ils ne pouvaient même pas imaginer en rêve. A cette époque il n’y avait ni téléphones portables ni GPS.  Je partais par la voie cyclable et une fois en rase campagne, lorsque la sensation de crainte à me retrouver en territoire vierge se faisait trop insistante, je faisais demi-tour et rentrais. Chaque fois que je partais ainsi, je m’éloignais un peu plus. De dix kilomètres d’abord, puis de vingt, quarante, et de soixante kilomètres pour finir, tout ça sur un VTT sans suspension. Plus je m’enhardissais, et plus je m’aventurais loin sur la voie cyclable, à suivre les panonceaux de direction. Lorsque la nuit tombait, et que ma tête se faisait lourde, alors je sautais dans un train ou un car pour rentrer à la maison. Le soir, mon monde était devenu un peu plus grand qu’il ne l'était au matin. Plus je rentrais fatiguée de ma sortie, plus j’étais heureuse. Et la découverte de ce secret m’incita à montrer le chemin à d’autres. 

Une fois mes études finies, j’ai travaillé comme monitrice d’activités sportives de plein air, puis comme conseillère d’orientation en établissement scolaire. J’ai vu des jeunes torturés et comme paralysés par la nécessité de se conformer au modèle social. Ils exprimaient leur malaise à travers leur comportement anti-social et mon travail consistait à les aider. Alors je les ai emmenés rouler sur les chemins avec moi, et l’association Cycle Therapy a vu le jour. L’objectif était de pouvoir donner un accompagnement personnel aux jeunes en danger d’exclusion sociale, en raison de leurs difficultés à affronter ces mêmes sentiments que ceux auxquels j’avais été confrontée lorsque j’étais en cours de français, en cinquième. 

A l’âge de 26 ans, j’ai pris le départ de ma première course VTT, et je l’ai gagnée. Suivirent dix années pendant lesquelles je me suis entrainée pour devenir toujours plus endurante et rapide, et accéder au niveau qui me permettrait de courir à plein temps, au niveau international, sous les couleurs écossaises.

J’ai apprécié le cadre structurant de l’entrainement de haut niveau, mais la compétition VTT Elite était aux antipodes de cet élan de liberté initialement éprouvé sur un vélo et qui m’avait conquise, et ne ressemblait guère à un sport cycliste. En fait, le monde du sport de haut niveau en compétition m’apparut comme bien peu différent de celui des établissements scolaires du second cycle, avec ses railleries essuyées au détour de chaque couloir. 

J’ai donc quitté ce monde de la compétition Elite, et me suis mobilisée afin d’encourager d’autres personnes, des femmes surtout, à relever le défi de dépasser ce qu’elles pensent être leurs limites. Emily Chappell et moi avons ensuite fondé The Adventure Syndicate, dans le but d’offrir des exemples féminins à suivre autres que ceux en place, grâce à des sportives plus authentiques, plus aptes à être de vraies inspiratrices.  Souvent je me dis que si The Adventure Syndicate avait existé lorsque j’étais une jeune femme occupée à chercher ma voie, l’existence m’aurait alors paru un peu plus facile. 

Lorsque je prends mon vélo, il me faut une dose d’aventure et d’inspiration. J’aime emporter sur mon vélo tout ce dont j’ai besoin pour survivre. La longue distance, les journées entières passées à voyager d’un point A à un point B, enflamment mon imagination. Et je découvre encore des lieux dont je ne savais même pas qu’ils existaient, qu’ils soient géographiques ou intérieurs. Après, j’adore rentrer chez moi et, à cause de mes expéditions à vélo, me sentir mieux armée pour faire face aux difficultés quotidiennes. Heureusement, ces difficultés ne sont plus le fait de mes camarades de classe voulant que je leur ressemble davantage, ou le fait de professeurs de français me forçant à me mettre au travail. Mais la vie d’adulte n’est pas forcément chose aisée pour autant. Lorsque je suis incapable d’avancer, que je m’ennuie ou que je me sens seule, alors le mouvement initié par mon pédalage a pour effet d’entraîner les rouages corrodés de mon cerveau. Au-delà de l’exploration des environnements géographiques traversés, aligner les kilomètres à vélo me permet d’accéder à une nouvelle source d’énergie intérieure, et de retrouver mon équilibre émotionnel. 

Et je veux que tout le monde puisse expérimenter cela. Alors sautez sur un vélo, métaphorique ou non, et roulez !

Pendant la HT550. Crédit photo : Lee Craigie

Pendant la HT550. Crédit photo : Lee Craigie

Version originale du 'Voyage intérieur de Lee' 

Escape - Lee's Inner Journey Along the Caledonia Way

When I was thirteen, I'd sit crippled with insecurity in my Standard Eighth Grade French class, unable to speak, but at the same time knowing that there was more to life than this. I gazed longingly out of the classroom window at the backcountry and fantasized I was out there in the fresh air under my own steam, miles from petty peers’ expectations and from social norms.

I didn't want to be, couldn't be, the sort of girls that stood around gossiping about other people. I wanted the world out there with all the associated unknown freedom and excitement. I was bursting with untapped physical potential but I had no avenue, opportunity or people like-minded to help me express it. 

And then I discovered bike-riding. It became a secret I had. I could sit and take eighth grade French, or be at the receiving end of some snide comments from peers and handle it all because I knew something they didn't. Because of a bike, I had access to a world they didn't even know to dream of. Back then, before smart phones and GPS, I'd follow a cycle route out of town until I felt tickled by the apprehension from having travelled into untracked territory.I’d turn around and ride back again. But each time I did this, I’d go further. Five miles became fifteen  then thirty then forty, all on a fully rigid mountain bike. As I grew braver, I began following these signs for miles until my head grew heavy and the darkness would gather. I’d then hop on public transport to get home, my world a little bit bigger than when I left that morning. The more tired I finished a ride the happier I felt, and knowing this is what encouraged me to engage others this way.

I left school and worked as an outdoor instructor, and then a school counselor. I watched young people torture themselves with the crippling way of societal expectation. They expressed it with anti-social behavior and it was my job to help them. And so we rode together. And Cycle Therapy was born, a project that worked one to one with young people that risked social exclusion because they found it hard to battle the very same feelings I battled with in Standard 8th Grade French Class.

At 26 I entered my first MTB race and won.There followed ten years of getting fitter and stronger until I was good enough to ride full time for my country. Although i liked the structure of the hard training, elite level racing was also so so far removed from the freedom  and aspiration that tempted me to biking in the first place that it might as well have been a different sport. In fact as I discovered the world of top level sport in competition, it is not that different from the snidy corridors of secondary school. 

And so I stopped and poured my effort into encouraging others, especially women, to challenge themselves on what they think they might be capable of. Then Emily Chappell and I founded The Adventure Syndicate in an effort to correct the  lack of inspirational, genuine, female sporting role models out there. I often think that had The Adventure Syndicate existed when I was a young woman trying to find my way then life would have been that bit easier.

 A ride these days has to have an element of adventure,  and inspiration to it. I enjoy carrying everything I need to survive on a bike. Long distance, back to back days travelling A to B, captures my imagination . And I find I'm still discovering places I didn't know existed, both geographically and within myself. Afterwards I love to come home and feel better able to cope with the challenges of every day life as a result of my bike adventures.

Fortunately these challenges are no longer insecure peers telling me to be more like them or French teachers forcing me to knuckle down. But life isn't always easy just because I'm an adult now. When I'm stuck, feeling bored or lonely, it's as though the pedaling motion turns rusty cogs  in my head. Riding my bike helps me to explore so much more than just my physical environment I'm going through. It breathes new life into me and resets any emotional imbalance. And I want that for every one. So grab your bike, metaphorical or otherwise, and ride.