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PEREGRINATIONS

PEREGRINATIONS

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Hommage à Lael Wilcox

Hommage à Lael Wilcox

Crédits Photo : Outsideonline

Crédits Photo : Outsideonline

Lael Wilcox est une jeune femme américaine bien peu ordinaire.

Tout passionné de course VTT ultra en autonomie complète sait de qui il s'agit. En deux ans, elle s'est forgée un palmarès sans équivalent et sa première place scratch, devant tous les hommes, à l'incroyablement difficile Trans Am Bike Race 2016, lui vaut d'être devenue une icône dans le monde des cyclistes ultra. 

Je ne peux m'empêcher de penser que son abandon sur l'AZT contenait en germe sa victoire inconditionnelle sur la Trans Am Bike Race, quelques mois plus tard. 

Fast Forward, le film documentaire qui lui rend hommage, à travers sa participation à l'Arizona Trail Race 2016, devrait suffire à vous en convaincre. Pour vous y aider, vous trouverez ma traduction des explications fournies par Lael tout au long de la vidéo.

 

Explications liminaires et liens pour les curieux 

- La vidéo Fast Forward, accompagnée d'un article complet, peut être également visionnée sur  bikepacking.com

- le blog de Lael Wilcox : Globe of Adventure. Vous y trouverez ses compte-rendus passionnants relatant ses courses VTT ultra en autonomie.

- le blog de Nicolas Carman, le compagnon de Lael : Gypsy-By-Trade

-  Arizona Trail Race  (AZT): course de VTT en autonomie complète de 1200 km, organisée par Scott Morris. La version longue existe depuis 2010 et a rapidement gagné la réputation d'être l'une des plus difficiles au monde. (voir vidéo en bas de page)

- Tour Divide Race : course de VTT en autonomie complète de 4400 km, 61 000 m de dénivelé positif, qui suit la Great Divide Trail du nord au sud des Rocheuses, à des altitudes souvent comprises entre 2500 et 4000 mètres. La course relie l'état d'Alberta (Canada) à l'état du Nouveau Mexique (Etats Unis). Depuis la première édition avec départ groupé des concurrents (à peine cinquante) en 2008, la TDR est devenue incontournable pour tout compétiteur ultra en bike packing. 

- Holy Land MTB Challenge : course de VTT en autonomie complète de 1385 km, 21000 m dénivelé +, du nord au sud d'Israel. Voir l'article à ce sujet sur Gipsy-by-Trade. 

- Trans Am Bike Race, course sur routes  qui consiste à traverser les Etats Unis d'ouest en est. Longue de 6500 km, cette course est l’équivalent de la RAAM, mais en autonomie complète.  

- Baja Divide : randonnée VTT permanente traversant l'état mexicain de Basse Californie du nord au sud. 2735 km à effectuer en autonomie complète (suit en partie le tracé d'une course automobile type rallye). Lael et Nicolas ont imaginé et mis au point cette randonnée : le premier départ groupé a été donné le 2 janvier 2017, et la première édition a été un franc succès. Voir également, à propos de la Baja Divide : Tales On Tyres, le blog de Franzi et Jona, bike packers allemands ; Pushbikegirl.com, le blog de Heike Pirngrub, autre bike packer allemande qui a effectué la Baja Divide solo

 

Le palmarès de Lael Wilcox

Holy Land Challenge 2015 : 2° scratch, 1° féminine. 14 jours, 15 heures et 18 minutes. 

Tour Divide Race 2015 : 6° scratch, 1° féminine. 17 jours, 1 heure et 51 minutes.

Trans Am Bike Race 2016 : 1° scratch (42 classés), 1° féminine.  18 jours, dix minutes

 

 

Ma traduction des explications fournies par Lael

A propos de l'Arizona Trail Race : 

Il y a toujours beaucoup d’abandons sur l’AZT. Evidemment, je comprends pourquoi, cette course est tellement dure. Si je vais jusqu’au bout, et réussis à garder mon niveau de forme du moment, alors je battrai probablement le record. 

L’année dernière, le record masculin a été établi à 7 jours, et le féminin à 14 jours. Ce qui fait deux fois plus, il y a donc quelque chose à faire. L’AZT n’est pas vraiment considérée comme une course, elle n’est pas au calendrier officiel. Lorsque tu fais l’AZT, tu t’engages à prendre le départ, et tout donner dans ce contre-la-montre de 1200 bornes, du début jusqu’à la fin. Le tracé est celui de l’Arizona Trail, et traverse tout l’état de l’Arizona du nord au sud, de la frontière avec l’Utah jusqu’à celle avec le Mexique. La piste traverse d’abord des forêts de résineux, pour finir dans le désert après être passée par le Grand Canyon. Tu passes par des climats très différents. L’Arizona Trail a obtenu le label national de Scenery Trail (NdT: l’équivalent des GR européens) il y a peu, en 2011. Jusqu'à aujourd'hui, quatre féminines seulement ont terminé cette course.

 Ce type de course en bike-packing est en autonomie complète, ce qui veut dire que tu ne peux pas être ravitaillée ou aidée par qui que ce soit - amis, famille, ou personnes rencontrées en chemin. Si ton vélo a une panne mécanique, il te faut être capable de le réparer seule. Sur mon vélo, je transporte des pièces mécaniques de rechange, de la nourriture, de l’eau, et ce qu’il me faut pour m’abriter la nuit. Pas de couteau, pas d’écran solaire, je n’en mets jamais, c’est pas bon pour moi.  J’ai un bivvy étanche, en plastique donc. Il pèse environ 350 gr. C'est comme un sac poubelle très confortable. 

A propos de son expérience de la compétition :

Nico gère la logistique compétition. Il s’occupe de tout. Il m’aide pour la navigation, il monte mon vélo, et il l’équipe. Depuis sept  ans, tous les six mois nous  alternons périodes de travail et périodes d’itinérance à vélo, pour aller d’une école à l’autre (NdT : Lael et Nicolas vont d’école en école, en Afrique, en Amérique du sud, ou ailleurs, pour rencontrer enfants et instituteurs). Nous vivons en marge, en quelque sorte. Ma première participation à une compétition vélo remonte au mois d’avril 2015. Nous étions en Israel et j’ai décidé de m’aligner sur le Holy Land Challenge,. Tout le monde se moquait de moi, avec mes baskets et mon short de cyclo-touriste.  Mais dès la première journée, après seulement quelques heures, j’étais avec les hommes de tête, les concurrents suivants relégués à plus de 40 km derrière.  Après ça, j’ai décidé de prendre l’avion pour retourner en Alaska, où j’ai fait équiper un nouveau VTT en une semaine, et ai pris la route pour un périple vélo d’un mois, de Anchorage (Alaska) à Banff (Alberta), pour rejoindre le départ de la Tour Divide Race. Et là, j'ai amélioré le record féminin de la TDR de deux jours. 

A propos de son vécu sur l'AZT 2016

Je n'avais qu'une idée en tête, réaliser un super chrono. Je voulais tout donner. Je ne m'alignais pas au départ de l’Arizona Trail Race juste pour participer. Il faut bien l'avouer, lorsque je m'arrêtais pour ré-approvisionner, j’avais un comportement de malade mentale, à courir de tous les côtés, à acheter des tas de cochonneries à manger, et à repartir à toute allure sur mon vélo. Plein de beurre de cacahuète, de biscuits, de barres céréales ou chocolat, et de chips. 

"J'ai démonté mon vélo pour le porter sur mon dos, il est interdit de traverser le Grand Canyon à vélo. Il est environ cinq heures, et je suis dans le Grand Canyon après avoir quitté Cotton Wood. Je suis en pleine forme". Plus je passe de temps seule, plus j’aime la solitude. "Ce fut un bon premier campement, pas de problème. Le deuxième jour, j’étais en chemin pour Flagstaff, j’étais en super forme, mais j’ai commencé à avoir pas mal de difficulté à respirer. Bientôt, dans l’après-midi, je ne pouvais plus ni inspirer ni expirer. J’ai appuyé sur les pédales comme une malade, et je suis maintenant à Snowbowl, à 2800 mètres d’altitude, dans la descente sur Flagstaff. J’étais vraiment en grande forme mais malheureusement je sais que je suis malade, je n’arrive pas à respirer correctement. Je vais enfiler tous mes vêtements et me glisser dans mon bivvy".

"Je voulais aller vite, faire un temps, mais je ne peux pas, alors j’abandonne. C’est fini". 

J’ai relevé ce défi de l’AZT parce que c’est quelque chose d'énorme, et de carrément excitant. C’est à cause de ça que j’aime les défis à vélo, parce que je n'ai aucune idée de ce qui peut survenir. Je sais que probablement je ne serai pas toujours satisfaite de moi-même, mais je gagnerai en maturité et pourrai ensuite davantage me projeter dans le futur. C’est d'ailleurs ce que je fais en ce moment. 

J’ai l’intention de courir à nouveau. Je vais faire la TransAm au mois de juin 2016. Et j’ai hâte d’y être. Sûr que ça va être une sacrée course de durs à cuire. C’est une course historique, traverser les Etats-Unis, c’est quelque chose.

 

What Lael explains in the video 

About the AZT and bike-packing

People quit on the AZT all the time. I mean I can see why, it’s really tough. If I complete it with the focus I have, I’ll probably break the record. Last year the mens’ record is seven days and the women’s record fourteen..well that’s twice as long, like  there’s something there. It’s almost not considered a race, it’s not a sanctioned event.It’s a gentlemen’s agreement to show up, ride your hardest seven hundred and fifty miles to the end. The trail is the Arizona Trail and it crosses the State (of Arizona) from the Utah’s border to  the Mexican border. It goes through pine forests and eventually end up in  the desert and through the Grand Canyon. It’s all different climates. It just became a National Scenery Trail in 2011 so it’s really pretty new.Yeah I think there are only four women who have completed it. 

This style of bike-packing race is self supported so that means  you can’t receive anything from any individual that you know or people even if they just come and meet you on the route. If your bike breaks down in the middle of the trail, you have to be able to try to fix it. I carry some spare equipment , and the food and water, and the shelter to take care of myself. No knife, no sunscreen, I never wear any sun-screen, it’s bad. I’m carrying an insulated bivvy so it’s plastic, it’s probably about twelve ounces. Basically it’s a hearty trash bag. 

About her experience in MTB ultra-racing

Nick oversees all of my racing. He takes care of everything. He helps me with navigation, he sets up all my equipment. For the past seven years we’ve been travelling about six months to high schools and then working for about six months. It’s kinda like a feral existence. I’ve started racing this past April. We were in a raid in Israel called the  Holy Land Challenge, it’s a 850 mile MTB bike packing race. Everybody thought I was a joke as I had tennis shoes and Speedwick shorts. Anyway I was up in the front the first day by the end of the first hours and 25 miles ahead of the next guy.

Well after that I figured that I was gonna fly back to Alaska. And in a week I’m getting a new bike and I’m riding from Anchorage to Banff in a month to the start of the Tour Divide, the race.

About her experience on the AZT 2016

Now you just try to set a fast time. I wanna do my best and not just be out there like to be out there. Basically I just act like a crazy person, racing around, buying a bunk of junk food, and taking off on my bike. Lots of peanut butter, cookies, bars, chips…..

I’m packing my bike on my back because I’m not allowed to ride it through the Grand Canyon. It’s about five o’clock and I’m in the Grand Canyon, just leaving Cotton Wood, I feel great. The more time I spend alone, the more I feel comfortable being alone. So it was like a pretty quiet bivvy camp. So the second day I was on my way to Flagstaff and I was feeling great but I started hearing my voice wheezing as I was breathing. Progressively through the afternoon, my throat just closed up. I rode like crazy mad and I am at Snowbowl, about 9,000 feet, descending to Flagstaff. I felt really really good but unfortunately I’m certain I’m really sick, I’m really having a hard time breathing, so I’m just gonna put all my clothes on and get into my bivvy. I wanted to ride fast, I’m not riding fast so I’m calling it, that’s it.

I took it on because it was a huge challenge and pretty exciting. That’s why I take on any challenge because it’s something that I can’t predict. I’m in for some level of shame, and some level of maturity and some level of looking forward, which is what I’m doing now. Yes, I’m going to race again. I’m racing the TransAm next June (my note: June 2016). And I’m really looking forward to it. I think it’s going to be a bad ass race and I think it’s a classic, racing across America. 

 Le point de vue de Nicolas

La compétition VTT ultra, c'est du sport. Je veux dire que ce n'est pas notre choix de vie qui est d’être toujours à vélo, à voyager, à voir et faire plein de choses.

La course c’est autre chose.  C'est se mettre en mode 'avance rapide' sur les chemins et les sentiers, sans penser à rien d'autre.

Pour découvrir l'Arizona Trail Race, le superbe film réalisé par Aaron Johnson