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PEREGRINATIONS

PEREGRINATIONS

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Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike

Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike

Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike

En cette semaine d'avant la Toussaint, André a eu l'excellente idée de nous prévoir une journée évasion sur nos vélos gravel. Le fil rouge : le canal de Bourgogne, au départ de Montbard (Côte d'or). 

Mardi 25 octobre, nous voici donc tous les deux  en gare de Dijon, installés dans le train de 8h29, tout heureux de la journée qui s'annonce. Arrivés en gare de Montbard à 9h08, nous prenons la route immédiatement et trouvons le canal aussitôt.

Le fléchage du tronçon de la vélo-route que nous empruntons est parfait, impossible de se tromper. Et puis il n'y a qu'à suivre le canal tout du long jusqu'à Dijon, la seule exception étant Pouilly-en-Auxois où le canal disparait dans un tunnel de 3300 mètres.  

Je craignais un peu la monotonie, car pas de montée sur cet itinéraire. Plat comme une galette, le terrain. Aucun passage technique à l'horizon de la journée, donc pas d'instants où notre attention toute entière serait requise par le pilotage, et où le temps disparaîtrait. De surcroît, promesse d'un paysage peu changeant : le canal, et encore le canal de Bourgogne. Donc des bouts droits à n'en plus finir. Enfin l'extrême simplicité du parcours à emprunter ne laissait guère de place aux erreurs de parcours, toujours bienvenues pour pimenter une journée vélo !

Mais c'était une idée originale d'André, donc en avant. 

Et bien les 115 km se sont écoulés très vite. Tout droit et tout plat, certes. Mais une alternance continue de portions herbeuses, de portions d'enrobé lisse ou crevassé de part en part, de portions en gravier ou en terre. Des flaques d'eau entre lesquelles il nous fallut slalomer. Donc de la diversité, de celle qui rompt la monotonie. 

Et puis à chaque écluse, le terrain se relève de 3 ou 4 mètres, puis redescend. Et comme des écluses, il y en a à foison, c'est pareil pour les levées de terre !

Bien organisés, nous comptions les écluses chacun notre tour - et nous en avons dénombré 118 sur notre trajet. Une moyenne de une au kilomètre ! Chaque écluse est affublée de sa maison d'éclusier - certaines sont habitées, d'autres fermées pour l'été, d'autres encore dévastées. Toutes semblables, toutes si différentes. J'ai contemplé chacune de ces maisonnettes, aimé nombre d'entre elles tellement le pittoresque s'affiche sur leurs façades, s'accroche à leurs portes et fenêtres ou dans leurs jardinets. Toutes sont estampillées de la plaque emblématique des écluses, comme une histoire qui se déclinerait en vers, de kilomètre en kilomètre.

Vous l'aurez deviné, cette balade vélo au fil du canal de Bourgogne prit un tour très poétique à mes yeux. Balade sur les airs d'une ballade du temps jadis. Pédaler, aller de l'avant, nous projeter vers notre destination, être dans le présent de nos corps et le futur de notre objectif final,  tout en voyageant dans l'imaginaire du passé offert à nos yeux. Rien de plus beau, et de plus satisfaisant. 

Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bikeAu fil du canal de Bourgogne, en gravel bike

Les employés des Voies Navigables de France (VNF) demeurent dans certaines de ces maisonnettes, ou se rendent d'une écluse à l'autre au gré des passages des péniches et bateaux. Et prennent le temps de bavarder avec les personnes rencontrées en chemin, de scruter le ciel, de poser une ligne ou deux dans les eaux du canal, de lever la tête à notre passage pour nous héler. Il y a donc du mouvement le long du canal, malgré l'automne déjà bien avancé - tout un commerce humain qui s'épanouit. Mais pas que.... Car les hérons sont un peu comme les écluses - un tous les kilomètres ou presque. André a même fini par s'en amuser, et a apostrophé l'un d'entre eux d'un sonore 'mais enfin, tu n'as pas fini de nous suivre !'. Voici une idée pour un prochain voyage au fil d'un canal : le jeu des différences....qu'est-ce qui distingue un héron d'un autre ? 

L'observation de ce macrocosme en marge des grands axes routiers ou ferroviaires,  monde de douceur et de quiétude à l'image des eaux du canal, fut passionnante. La monotonie anticipée ne fut pas au rendez-vous, loin s'en faut ! 

Et puis les paysages se sont transformés au fil des kilomètres, imperceptiblement le plus souvent. Mais d'un coup, je réalisais que tout était différent.

Les pâtures vertes parsemées du blanc des charolaises ont laissé la place aux monts bien dessinés de part et d'autre du canal, dont le mont Auxois après Venarey-les-Laumes. Lieu où se serait déroulée la bataille d'Alesia - imaginaire une fois encore, j'ai toujours eu un faible pour Vercingètorix !

Puis après Pont-Royal ce fut la majestueuse beauté des flancs de pierres si bien ordonnées du canal, bordé d'arbres augustes aux splendides couleurs, qui nous laissa sans voix tellement c'était.....le nom de la péniche qui émergeait de l'écluse à ce moment le dit mieux que moi : L'Impressionniste. Bonheur de cette vallée des 'quarante écluses'. 

Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike

Ce fut ensuite au tour de la 'voute' de Pouilly-en-Auxois de nous arrêter dans notre progression. Heureusement que le tunnel sous lequel passe le canal n'est bordé d'aucune berge, sinon je crois bien qu'André se serait engouffré dans le goulet avec son Colnago pour ne pas quitter 'son' canal de Bourgogne auquel il est si fort attaché, et le suivre le long de ses trois kilomètres souterrains. Et il se pourrait bien que je l'eusse suivi malgré mon effroi des espaces sombres et étroits. Mais le canal de Bourgogne n'est pas le Styx, et André et moi n'avons pas la vocation d'une Eurydice et d'un Orphée, donc pas le bon casting question imaginaire !

D'ailleurs question imaginaire, sommes tombés de haut à Pouilly - tous les cafés et auberges étaient fermés ! Retour au réel désenchanté  dans cette bourgade envahie par la circulation automobile. Heureusement nous en sortîmes très vite pour retrouver une longue allée d'arbres qui nous mena à notre seule montée du jour - ah je l'ai dégustée celle-là. Et bientôt nous retrouvions le canal perdu. Pour une étape époustouflante de beauté en cette saison d'automne - jusqu'à Vandenesse, ce fut probablement le tronçon le plus magique. Ecluses et maisonnettes y rivalisent d'originalité, avec roches et végétation en aplomb, et font perdre aux passants leurs repères temporels. Et au débouché sur le petit port de Vandenesse, en arrière-plan se dessine la haute silhouette du château de Châteauneuf, comme pour mieux ancrer le message d'autres temps. 

L'absence de cafés ouverts à Pouilly eut ceci de bon que nous nous sommes arrêtés boire un café Chez Lucette, à Vandenesse. Autre imaginaire : celui de l'auberge idéale, et surtout de l'aubergiste idéal, tel que décrit par Henry David Thoreau dans son court essai 'La Désobéissance civile' (1849), que je vous engage à lire. Une double invitation au voyage ! Celle proposée par l'aubergiste à travers ses photos en noir et blanc des monstres du cinéma français des années 60 et 70 ou à travers ses affiches des courses d'endurance moto. Et celle proposée par Thoreau, il y a  plus d'un siècle et demi....à l'âge d'or des canaux de Bourgogne, justement ! 

Comme toujours lorsque, au hasard de nos escapades cyclistes, tout se recoupe, tout s'entrecroise, et que tout prend sens, je jubile. Moment d'épiphanie personnelle. 

Et cette joie intense et intérieure ne me quitta plus de la journée. D'ailleurs le dernier tronçon au bord de l'Ouche fut rapidement avalé, familier comme il l'est à nos roues. 

Voici comment cette excellente idée d'André donna naissance à une très belle journée au fil de l'eau ! D'ailleurs je suspecte que l'imaginaire de l'eau, si bien dépeint par Gaston Bachelard, a fait son oeuvre en moi.

Cerise sur le gâteau : il nous reste de nombreux autres canaux ou vélo-routes à suivre en Bourgogne. 

Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike
Au fil du canal de Bourgogne, en gravel bike